Pour ses derniers jours aux commandes, l'administration Biden a annoncé ce lundi un nouveau paquet de mesures de restrictions visant en particulier les composants d'intelligence artificielle.
Les Etats-Unis entendent contrôler à la fois les volumes de puces IA exportées dans le monde et leur capacité de calcul en imposant un contrôle renforcé et de nouvelles règles classant le monde en trois groupes : pays alliés proches, pays neutres et adversaires.
Selon l'appartenance à tel ou tel groupe, l'accès aux puces ne sera pas le même ou sera complètement bloqué. Les Etats-Unis veulent aussi contrôler le déploiement des puissances de calcul dans les datacenters IA et s'assurer de s'en octroyer la plus grande partie.
L'Europe, alliée proche ou distante ?
La secrétaire d'Etat au commerce Gina Raimondo a confirmé qu'il ne s'agit pas seulement de mesures de protection face à des nations hostiles. Ces mesures sont aussi un moyen de maintenir une domination des Etats-Unis dans le domaine de l'intelligence artificielle en empêchant d'autres blocs géographiques d'accéder aux ressources.
Cette position ferme n'a pas manqué d'inquiéter l'Europe qui a rapidement publié un communiqué pour signaler sa préoccupation face aux nouvelles restrictions sur les puces IA.
"Nous pensons qu'il est également dans l'intérêt de l'économie et de la sécurité des Etats-Unis que l'UE achète des puces d'IA avancées aux Etats-Unis sans aucune restriction" a indiqué la Commission européenne.
L'Europe risque une nouvelle fois de se retrouver prise au piège d'une démondialisation en cours la laissant captive des décisions d'autres puissances, faute de disposer de ses propres ressources ou de canaux alternatifs.
Elle fait ainsi écho aux questionnements des entreprises américaines spécialistes de l'IA qui craignent elles aussi que ces mesures ne freinent leurs opportunités mondiales, avec le risque d'être remplacées par des alternatives locales, sans doute moins performantes mais plus facilement disponibles.
Le statut de l'Europe est plutôt malmené actuellement alors que les gestionnaires américains des grands réseaux sociaux sont en train de s'aligner sur les positions de Donald Trump et de lâcher la bride de la modération tout en accusant l'Europe d'imposer des réglementations trop sévères et progressistes.
La Chine dénonce encore
De son côté, la Chine tape sans surprise du poing sur la table en dénonçant une violation flagrante des règles des échanges commerciaux internationaux en priorisant l'accès aux composants et technologies IA aux seuls alliés des Etats-Unis.
Elle fustige un abus du contrôle des exportations et une nouvelle démonstration des excès des Etats-Unis au nom de leur sécurité nationale. On notera effectivement dans les déclarations américaines que l'argument d'une volonté d'empêcher la Chine d'utiliser les puces et technologies IA à des fins militaires est en train de laisser place à un discours de domination sur une technologie clé qui deviendrait réservée à une partie du monde seulement.
La polarisation du monde est en marche, pour le meilleur et pour le pire, et l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, avec ses intentions de hausse des tarifs douaniers et de réorganisation du monde, promet de faire des étincelles, dans la foulée des dernières décisions de l'administration Biden.