Lancé en février 2020, le satellite Solar Orbiter de l'Agence spatiale européenne (ESA) a voyagé selon des ellipses allongées autour du Soleil. En mars dernier, il a quitté le plan orbital des planètes pour s'incliner à 17 degrés, offrant une perspective unique sur les pôles du Soleil.

Les premières analyses, publiées dans The Astrophysical Journal Letters, contiennent déjà une surprise de taille qui pourrait remodeler la vision du magnétisme solaire.

Pour comprendre le cycle magnétique du Soleil

Jusqu'à présent, les pôles du Soleil observés depuis la Terre ou des sondes n'offraient qu'une vue rasante, rendant l'étude de leur magnétisme quasiment impossible. Or, ces régions sont fondamentales pour comprendre le moteur du cycle solaire de onze ans.

" Pour comprendre le cycle magnétique du Soleil, il nous manquait la connaissance de ce qui se passe à ses pôles. Solar Orbiter peut désormais fournir cette pièce manquante du puzzle ", déclare Sami Solanki, directeur du Max Planck Institute for Solar System Research (MPS) et coauteur de l'étude.

Une découverte inattendue

En analysant les données des instruments PHI (Polarimetric and Helioseismic Imager) et EUI (Extreme-Ultraviolet Imager), les chercheurs du MPS ont observé la surface solaire au niveau du pôle Sud. Ils ont pu cartographier d'immenses cellules de plasma chaud (deux à trois fois la taille de la Terre) qui structurent le réseau magnétique.

À la surprise générale, ils ont constaté que ce champ magnétique dérive vers le pôle à une vitesse de 10 à 20 m/s, une allure presque aussi rapide que celle observée près de l'équateur, contredisant les études antérieures qui suggéraient un fort ralentissement.

Les implications pour notre compréhension du Soleil

Cette vitesse inattendue offre des indices précieux sur la circulation du plasma qui alimente le cycle de notre étoile.

Lakshmi Pradeep Chitta, auteur principal de l'étude, explique que " les supergranules aux pôles agissent comme une sorte de traceur. Ils rendent visible pour la première fois la composante polaire de la circulation globale du Soleil sur onze ans ".

Le tapis roulant magnétique semble donc bien plus dynamique que prévu dans les régions polaires. Toutefois, d'autres observations sur une plus longue période seront nécessaires pour confirmer si cette vitesse se maintient tout au long du cycle solaire.