Sur la base aérienne d'Edwards en Californie, un F-16 à la livrée orange et blanche détonne. Ce n'est pas un appareil comme les autres. C'est le X-62A VISTA, un laboratoire volant unique au monde, devenu la pierre angulaire des ambitions américaines en matière d'intelligence artificielle appliquée à l'aviation militaire.
Cet appareil n'est pas un prototype destiné à la production, mais un banc d'essai essentiel pour déterminer si une IA peut se voir confier les commandes dans l'environnement le plus exigeant qui soit.
D'un F-16 à un laboratoire volant pour l'IA
À l'origine, cet appareil était un F-16D Block 30 biplace tout à fait standard. Sa transformation a débuté dans les années 1990, lorsqu'il est devenu le VISTA (Variable In-flight Simulation Test Aircraft), capable de modifier ses caractéristiques de vol pour simuler le comportement d'autres aéronefs, y compris des concepts n'existant que sur le papier.
Cette capacité en a fait un outil de formation inestimable pour l'école des pilotes d'essai de l'US Air Force.
Cependant, avec l'accélération de la recherche sur l'autonomie, une refonte fondamentale s'est imposée. En 2021, après une modernisation majeure menée par Lockheed Martin Skunk Works et Calspan, l'avion a été rebaptisé X-62A, intégrant la prestigieuse lignée des X-planes américains.
Cette nouvelle désignation a officialisé son rôle de plateforme expérimentale dédiée à l'intelligence artificielle, dotée d'une architecture logicielle et de systèmes de sécurité conçus pour tester les algorithmes d'autonomie en toute sécurité.
Quand l'intelligence artificielle prend les commandes
Le cœur du programme X-62A réside dans sa capacité à créer un « bac à sable de sécurité » en vol. Un pilote humain reste toujours à bord, prêt à reprendre le contrôle instantanément, ce qui permet de pousser les algorithmes d'IA dans leurs retranchements de manière bien plus audacieuse que sur un drone classique.
En décembre 2022, un jalon a été franchi lorsque l'appareil a volé de manière autonome pendant plus de 17 heures, exécutant des manœuvres de combat complexes.
Ces essais se sont intensifiés en 2023 dans le cadre du programme Air Combat Evolution (ACE) de la DARPA. Pour la première fois, le X-62A, piloté par une IA, a affronté un chasseur piloté par un humain dans des scénarios de combat aérien rapproché.
Les premiers retours indiquent que l'avantage de la machine ne réside pas dans l'agressivité, mais dans sa vitesse de décision fulgurante, capable d'évaluer et d'adapter ses tactiques plus vite que n'importe quel humain.
PhantomStrike : la nouvelle étape vers le combat autonome ?
Pour qu'une IA puisse combattre, il ne suffit pas de savoir piloter ; il faut aussi percevoir et analyser l'environnement. C'est tout l'enjeu de la dernière mise à jour annoncée pour le X-62A VISTA : l'intégration du radar PhantomStrike de Raytheon.
Ce système AESA (Active Electronically Scanned Array) de nouvelle génération, basé sur le nitrure de gallium (GaN), est plus léger, moins cher et moins gourmand en énergie que les radars traditionnels.
L'ajout de ce capteur tactique est un signal fort. Il ne s'agit plus seulement de tester la capacité de l'IA à manœuvrer l'avion, mais de lui apprendre à gérer des capteurs, à interpréter des données de ciblage et à prendre des décisions tactiques en temps réel.
Cette évolution préfigure directement le rôle des futurs « Collaborative Combat Aircraft » (CCA), des ailiers autonomes (ou loyal wingmen) destinés à opérer aux côtés des chasseurs pilotés pour assurer la supériorité aérienne de demain.