Ce mardi, une opération d'envergure a visé les bureaux français du réseau social X. La section de lutte contre la cybercriminalité du parquet de Paris a diligenté une perquisition dans les locaux de l'entreprise, avec le soutien de l'unité nationale cyber de la gendarmerie et d'Europol.

Cette intervention s'inscrit dans le cadre d'une enquête préliminaire initiée en janvier 2025 sur des algorithmes biaisés et étendue à l'IA Grok. Elon Musk et l'ex-DG Linda Yaccarino sont convoqués pour des auditions en avril 2026.

Aux origines de l'enquête : des algorithmes dans le viseur

Tout a commencé par le signalement d'un parlementaire, le député Éric Bothorel, début 2025. Il alertait la justice sur de possibles biais dans les algorithmes de la plateforme, susceptibles d'altérer le fonctionnement normal du traitement automatisé des données.

Cette première action a mis en lumière les mécanismes de recommandation du réseau social X, un point de friction récurrent entre les géants de la tech et les régulateurs européens.

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L'enquête française n'est pas un cas isolé. Elle s'inscrit dans un contexte de surveillance accrue des plateformes à l'échelle continentale. La Commission européenne mène d'ailleurs sa propre investigation depuis décembre 2023 sur de potentielles violations du Digital Services Act (DSA), notamment en matière de lutte contre la désinformation.

Les conclusions de Bruxelles sont attendues prochainement et pourraient peser lourd dans la balance.

L'affaire Grok : un facteur aggravant

Mais l'enquête initiale a depuis pris une tout autre dimension. De nouveaux signalements ont en effet élargi le champ des investigations pour inclure le fonctionnement de Grok, l'intelligence artificielle développée par la plateforme.

En cause, la diffusion de contenus négationnistes et, plus grave encore, de deepfakes à caractère sexuel, notamment durant les fêtes de fin d'année.

AI Forensics Grok etude deepfake bikini

credit : AI Forensics

Plusieurs utilisatrices ont dénoncé la création de montages photo les montrant dénudées, réalisés à leur insu via l'outil. Le parquet de Paris a d'ailleurs tenu à rappeler que le délit de montage à caractère sexuel d’une personne sans son consentement est une infraction pénale sérieuse, punie de deux ans de prison et de 60 000 euros d’amende.

Vers une confrontation judiciaire directe ?

Avec cette perquisition, la justice française semble bien décidée à passer à la vitesse supérieure. Dans un communiqué, la procureure de la République, Laure Beccuau, a confirmé l'envoi de convocations aux fins d'auditions libres pour le 20 avril 2026.

Sont concernés Elon Musk et l'ancienne directrice générale Linda Yaccarino, en leur qualité de "gérant de fait et de droit" de la plateforme au moment des faits reprochés.

Des salariés de X France seront également entendus en tant que témoins la même semaine. Le parquet qualifie cette démarche de "constructive", visant à garantir la conformité de la plateforme aux lois françaises.

Cette série d'auditions s'annonce comme un moment charnière. Elle déterminera si la coopération suffira ou si la justice devra employer des moyens plus contraignants pour faire plier le géant américain...ou pas.