La santé de demain : vers un changement plus comportemental que technologique

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Intelligence artificielle, télémédecine, robotisation : le secteur de la santé se digitalise et n’échappe pas à l’abondance des nouvelles technologies.

Tribune libre par Mathilde Le Rouzic, co-fondatrice de Hellocare

Remarque : les propos tenus ici n'engagent pas la rédaction de GNT mais constituent un avis éclairé de la part d'un expert dans son domaine que nous avons jugé opportun de vous faire partager. Il ne s'agit pas d'un article promotionnel, aucun lien financier ou autre n'existant entre cette société et GNT, le seul intérêt étant de vous apporter un éclairage intéressant sur un domaine particulier.


La médecine se dote chaque jour de nouvelles applications, d’outils et services destinés à améliorer le suivi des patients ainsi que la pratique médicale. Pourtant, l’usage de ces innovations est encore très peu exploité par les français : d’après une enquête du Journal International de la Médecine auprès des médecins, malgré la prise en charge de la téléconsultation par l’Assurance Maladie depuis septembre 2018, 70% d’entre eux n’y auraient pas recours dans l’année à venir.

Face à ce décalage entre les innovations proposées et celles adoptées, force est de constater que l’inertie du système retarde l’adoption de nombreuses technologies présentées comme l'avenir de la santé. Aujourd’hui, il n’est donc pas absurde d’affirmer que le véritable avenir de la santé se jouera grâce à un changement des mentalités et pas seulement par les nouvelles innovations technologiques.

La santé 4.0 : les français sont prêts
Signe des temps, dans le sillage des grandes entreprises mondiales (notamment les GAFAM et IBM) qui investissent massivement dans la santé, nombreuses sont les startups qui s’intéressent au sujet. En 2018, les startups “healthcare” ont levé plus de fonds aux USA qu’au cours des années 2012 et 2013 réunies. Le grand public également plébiscite fortement les usages des nouvelles technologies en santé. C’est d’ailleurs lui qui porte “bottom-up” une partie des mutations comportementales en santé, se montrant particulièrement friand de solutions innovantes de prévention ou d’aide au suivi de l’état de santé (applications, objets connectés, etc.). Si dans d’autres secteurs d’activité l’intérêt du public, des grandes entreprises et des financeurs forment le trio gagnant nécessaire à la réussite de la transformation digitale du dit secteur, il n’en va pas de même en santé. C’est par et avec les professionnels de santé que l’accès du plus grand nombre à ces solutions se fera, car ce sont eux qui ont la confiance des patients et qui seront les prescripteurs des meilleures solutions.

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La médecine : un métier tourné vers l’humain
Les entreprises proposent des technologies telles que l'IA et les chatbots afin de réduire la charge de travail des humains. Cependant, le secteur de la santé accusera un retard considérable tant que les soignants n’auront pas validé cette transformation numérique des soins de santé.

Pour le professionnel, choisir une profession de santé, c’est choisir une profession qui par nature est tournée vers l’humain. Il est donc inévitable de rencontrer de nombreux freins “culturels” chez ces professionnels qui défendent une approche plus humaine. S’ils sont parfois réfractaires aux changements de relation soignant-soigné induit par internet notamment, c’est souvent par manque de précédents ou d’informations sur les gains dans la relation elle-même. Il appartient à ceux qui construisent les outils technologiques de faire preuve de pédagogie pour aider les soignants à mieux appréhender les usages potentiels et à construire cette santé de demain qui mettra le patient au coeur d’un système de santé plus performant grâce aux outils numériques.

L’innovation technologique, l’alliée des médecins
C’est un des points fondamentaux de ces avancées technologiques en santé : il faut créer des outils et services qui vont venir en support des prises en charge et aider le médecin. Ainsi l’intelligence artificielle ne viendra pas remplacer le médecin, elle viendra l’aider à affiner son diagnostic. Elle sera également présente pour automatiser certains suivis, permettant au médecin d’intervenir au moment opportun. Elle lui permettra aussi de gagner du temps de gestion au profit du soin. Le robot qui intervient en chirurgie n’est rien sans l’intelligence et l’intuition du médecin. Une intelligence artificielle, même dotée d’une puissance de calcul phénoménale, pourra traiter un volume de données inaccessible à l’humain mais ne fera preuve d’aucune empathie pour échanger avec le patient.

Vers une médecine augmentée
Ces dernières années, un changement de paradigme dans la relation entre les patients et leurs médecins s’est mis en place : les patients sont plus informés et plus impliqués dans leur santé ; quant aux professionnels, ils se plaignent - parfois - de ces nouveaux patients qui se pensent “sachants” mais qui n’ont pas toujours toutes les clefs ni la distance nécessaire pour évaluer au mieux leur santé.

Demain, une nouvelle approche de la relation patient/médecin se mettra en place grâce aux outils numériques : les patients deviendront le nouveau “point de soin” et seront l’objet d’un suivi continu, assistés par des objets connectés et des applications. Ceux-ci pourront indiquer les symptômes et réactions suite à une opération ou dans le cadre d’un traitement médicamenteux par exemple. Le médecin deviendra, quant à lui, le grand superviseur de ce suivi et disposera de données cliniques quasi-permanentes lui permettant de monitorer l’état de santé de sa patientèle.

Il est donc très probable que d’ici 2050, la société se tourne vers une médecine augmentée c’est à dire plus personnalisée et plus efficace tant sur le plan préventif que curatif.

Vos commentaires

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Le #2047991
"Il est donc inévitable de rencontrer de nombreux freins culturels chez ces professionnels qui défendent une approche plus humaine"
Ces freins culturels se lèveront naturellement quand Google et les autres feront de meilleurs diagnostics qu'eux. Il faut que les facultés de médecine prennent en compte ces évolutions dans la formation des soignants. L'IA va supplanter une grande partie de la médecine d'aujourd'hui.
On peut se dire que les malades préfèreront toujours voir leur médecin plutôt que de faire confiance à une machine, mais c'est un leurre, quand il sera admis que la machine fait mieux que l'homme, elle sera bien entendu préférée au médecin. Qui blâmerait un patient de vouloir le meilleur diagnostic?
La médecine devrait rapidement travailler avec l'IA plutôt que de se battre contre, ce qui n'a aucune sens.
Le #2048031
Ça me fait tout doucement rigoler. Le centre où je travaille (un des plus grand d'Europe) à demandé à IBM pour tester Watson en clinique de tous les jours et la réponse était on ne peut plus clair : la technologie n'est pas mature pour des tests en conditions réelles (et on ne parlait que de tests informatifs).
Il serait peut être temps d’arrêter avec les annonces qui servent uniquement à augmenter la cotation en bourse des entreprises et développer l'intégration avec la pratique de tous les jours.
Mais ce serait trop risqué et ils le savent très bien :
Les études récentes sont plutôt inquiétantes quand aux nombre d'erreurs faites par Watson pour les maladies courantes et leurs traitements.
Par contre pas mal d'études montrent qu'il serait prometteur pour les diagnostics rares (assez logique puisque une mémoire informatique est inévitablement supérieure à une mémoire humaine) et dans le traitement de grands volumes de données médicales (logique aussi, un cerveau humain à ses limites).
Et puis l'aspect diagnostic n'est qu'une partie du métier de soignant (au sens large). J’aimerais bien dire à Watson "j'ai peur de mourir" pour voir sa réaction... ou voir avec quel tact il va annoncer une espérance de vie restante estimée à 3+/-2 mois à un patient jeune (même si tous les médecins ne sont pas bons dans ce domaine :sweat_smile.
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