Promise de débits spectaculaires, la technologie 5G sur ondes millimétriques (ou 5G mmWave) est pourtant délaissée par les opérateurs en France. Entre coûts prohibitifs, contraintes techniques majeures comme sa faible portée et une utilité non démontrée, Orange, SFR et Bouygues Telecom tournent le dos à cette technologie.

L'Arcep, le régulateur du secteur, confirme l'absence totale de demande pour un déploiement commercial.

Les signaux d'un désintérêt croissant se multiplient. Des géants technologiques comme Apple et Qualcomm commencent à produire des puces sans cette compatibilité pour certains marchés, reflétant une tendance de fond.

En France, malgré quelques expérimentations, la technologie reste dans les limbes, boudée par les principaux acteurs du secteur des télécoms.

Unanimité des opérateurs : un « non » catégorique

Interrogés sur leurs intentions, les opérateurs télécoms français partagent un constat sans appel. Pour SFR, les tests menés en 2023 et 2024 ont confirmé les limites de la technologie : des débits élevés, certes, mais une couverture très limitée qui ne pénètre pas à l'intérieur des bâtiments. Le verdict est qu'il n'y a pas vraiment de cas d'utilisation justifiant un tel investissement.

Même son de cloche chez Bouygues Telecom, où l'on estime que la 5G sur la bande 3,5 GHz "marche déjà très bien". Son directeur général, Benoît Torloting, qualifie la technologie de peu adaptée à la topographie française, expliquant qu'un simple arbre peut bloquer le signal, rapporte BFMTV.

Orange abonde, soulignant que les investissements massifs dans la fibre optique constituent déjà la solution la plus rentable pour le très haut débit.

L'Arcep face à une absence de demande

Du côté du régulateur, la situation est claire. L'Arcep, l'autorité de régulation des télécoms, a pourtant tenté de stimuler l'intérêt en proposant des licences expérimentales de trois ans sur la bande des 26 GHz.

Le régulateur voulait permettre aux opérateurs d'évaluer la faisabilité et les coûts réels de cette technologie sur le terrain. Cependant, ces initiatives n'ont pas trouvé preneur pour un déploiement commercial.

Laure de La Raudière, sa présidente, confirme n'avoir "aucune demande" de la part des opérateurs, malgré des sollicitations régulières. L'acquisition de nouvelles licences représenterait des investissements colossaux, un effort que personne ne semble prêt à consentir après les dépenses déjà engagées pour la 5G classique.

Une technologie marginale, même à l'étranger

Le scepticisme français n'est pas un cas isolé. Dans les pays où la 5G millimétrique est disponible, comme les États-Unis ou le Japon, son usage reste confidentiel.

Les données d'OpenSignal montrent que ces connexions ne représentent qu'une infime fraction du trafic mobile, entre 0,1 % et 0,7 %. Sa portée extrêmement restreinte la cantonne à des usages très spécifiques, comme des stades ou des zones très denses, nécessitant l'installation de nombreuses petites antennes dédiées.

Cette réalité freine son adoption sur tout le continent européen. En Italie, en Allemagne ou au Royaume-Uni, les lancements commerciaux se font attendre. Un temps envisagée pour les Jeux Olympiques de Paris 2024, l'idée a été discrètement abandonnée.

Un opérateur résume la situation : "nos données ont montré que l'absence de 5G millimétrique n'était clairement pas un problème". L'avenir de cette technologie semble donc, pour l'instant, bien compromis en Europe.

Source : BFMTV