Face à une hausse spectaculaire des usurpations de numéros signalées, l'Arcep déclenche une enquête administrative d'envergure. Tous les opérateurs sont visés pour identifier les failles dans l'authentification et l'acheminement des appels malveillants.
L'objectif est de remonter la chaîne de responsabilités et de faire appliquer la loi avec fermeté. Dans son viseur : l'ensemble des opérateurs attributaires de numéros de téléphone en France.
La raison de cette mobilisation générale est la multiplication exponentielle des cas d'usurpation de numéros, une pratique qui mine la confiance des utilisateurs dans le réseau téléphonique.
Une augmentation vertigineuse des signalements
Les chiffres parlent d'eux-mêmes et illustrent une dégradation rapide de la situation. La plateforme J’alerte l’Arcep a vu les signalements pour usurpation de numéros passer de 531 en 2023 à plus de 19 000 en 2025. Cette thématique est ainsi devenue la première cause de plainte adressée à l'autorité.
Derrière ces statistiques se cachent des réalités humaines souvent complexes. Les victimes ne sont pas seulement celles qui se font escroquer. Il y a aussi les propriétaires légitimes des lignes usurpées, qui reçoivent des appels d'inconnus leur reprochant des démarchages ou des arnaques qu'ils n'ont jamais passés, créant des conflits et une détresse considérable.
Un arsenal législatif contourné par les fraudeurs ?
Pourtant, les pouvoirs publics ne sont pas restés inactifs face à ce fléau. La loi du 24 juillet 2020 a posé les bases en obligeant les opérateurs à authentifier les numéros et à bloquer les appels suspects.
Ce dispositif, nommé Mécanisme d'Authentification des Numéros (MAN), repose sur une chaîne de confiance entre les différents acteurs du secteur pour garantir l'origine d'un appel.
Cette mesure a été complétée le 1er janvier 2026 par l'obligation de masquer tout numéro mobile français qui ne peut être non authentifié lors d'un appel provenant de l'étranger.
Malgré cet encadrement, la persistance et le volume des fraudes suggèrent que les malfaiteurs ont identifié des failles pour contourner ces protections avec une agilité préoccupante.
Remonter la chaîne des responsabilités
L'enquête administrative lancée par le régulateur vise donc à faire toute la lumière sur ces dysfonctionnements. L'objectif est double : comprendre précisément comment sont acheminés ces appels frauduleux et vérifier si chaque opérateur respecte scrupuleusement ses obligations légales.
En raison de la complexité des interconnexions entre réseaux, l'enquête ne cible pas un acteur en particulier mais bien l'ensemble de l'écosystème, des grands opérateurs nationaux aux acteurs plus spécialisés.
Cette initiative pourrait, à terme, déboucher sur des mises en demeure voire des sanctions financières, envoyant un message clair à toute l'industrie : la lutte contre la fraude téléphonique est désormais une priorité non négociable.