La période pré-électorale est toujours sensible. Face aux risques croissants d'ingérence étrangère et de désinformation massive, l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique a décidé de durcir le ton. Le 23 janvier, lors d'une conférence de presse, l'institution a rappelé aux principales plateformes en ligne, de TikTok à LinkedIn en passant par X et Instagram, leurs obligations strictes pour garantir la sincérité des prochaines élections municipales. L'objectif est clair : éviter un scénario catastrophe, comme celui de l'élection roumaine de 2024, annulée suite à des manipulations avérées.
Quelles sont les nouvelles règles du jeu pour les plateformes ?
Loin de se contenter de simples recommandations, l'Arcom se positionne désormais comme un « coach » exigeant, veillant à ce que les plateformes soient pleinement mobilisées. Cette posture, renforcée par la loi de 2018 et le Digital Services Act (DSA) européen, implique des mesures concrètes. Les équipes de modération, même basées à l'étranger, doivent être formées spécifiquement aux particularités du code électoral français pour identifier rapidement les contenus problématiques.
La réactivité est le maître-mot de ce dispositif. Les réseaux sociaux doivent disposer de dispositifs de signalement efficaces et de contacts responsables identifiés, joignables à tout moment, y compris le week-end. Comme l'a souligné Benoît Loutrel, membre du collège de l'Arcom, il s'agit d'une obligation de moyens pour que des modérateurs francophones puissent intervenir très rapidement sur des contenus signalés comme illicites.
Comment la lutte contre la désinformation va-t-elle s'organiser concrètement ?
Le gendarme du numérique cible plusieurs points de vigilance critiques. Le premier concerne le respect scrupuleux de la période de silence électoral, qui interdit toute forme de propagande la veille et le jour du scrutin. Les plateformes devront activement s'assurer qu'aucun candidat ne contourne cette règle fondamentale via la publication d'une vidéo de campagne de dernière minute.
Un autre axe majeur est la chasse aux faux sondages. Toute publication ne respectant pas des standards de qualité minimum pourra être retirée à la demande de la commission nationale des sondages. De plus, l'autorité demande aux réseaux sociaux de sensibiliser les influenceurs et les comptes très suivis, devenus des acteurs médiatiques à part entière, à leurs obligations légales. Il s'agit d'une étape clé dans la lutte contre la manipulation de l'information.
Pourquoi la coordination est-elle si cruciale face aux menaces extérieures ?
L'Arcom ne travaille pas en solitaire. Elle endosse un rôle de coordinateur essentiel en organisant des réunions stratégiques avec un large éventail d'acteurs. Celles-ci incluent les plateformes elles-mêmes, la Commission européenne, mais aussi des services spécialisés comme Viginum pour la lutte contre l'ingérence étrangère et la plateforme Pharos pour les contenus illicaux. Des organisations de la société civile sont également impliquées pour le fact-checking.
Cette collaboration étendue est primordiale pour réagir de manière unifiée et rapide face à des tentatives de déstabilisation. Les exemples récents, comme les opérations de désinformation autour des Jeux Olympiques (les "mains rouges", les étoiles de David), ont montré comment des événements réels peuvent être immédiatement amplifiés dans l'espace numérique pour nuire. « On ne va pas empêcher les Russes de nous attaquer », a reconnu Benoît Loutrel, avant de conclure sur une note résolue : « il faut qu’on sache réagir aux élections qu’on subit et qu’on va continuer à subir ».