La recherche d'un prêt immobilier, parcours déjà complexe, est devenue le terrain de chasse de cybercriminels particulièrement talentueux. Une escroquerie sophistiquée est en pleine expansion depuis 2024, piégeant des emprunteurs et leur faisant perdre les économies de toute une vie. Une adhérente de l'UFC-Que Choisir en a récemment fait les frais, se voyant délester de 73 400 euros après avoir été manipulée pendant plusieurs semaines par un interlocuteur qu'elle pensait légitime. Le phénomène inquiète les professionnels du secteur par son niveau d'expertise et sa redoutable efficacité.

Le mode opératoire d'une escroquerie parfaitement huilée

Le piège débute sur internet. Les malfaiteurs conçoivent des sites web frauduleux, souvent très bien positionnés sur les moteurs de recherche avec des requêtes comme « courtier économique » ou « prêt rapide ». L'internaute, en quête d'un financement, y laisse ses coordonnées. Très vite, un prétendu courtier le contacte. Commence alors un processus qui imite à la perfection les démarches d'un véritable cabinet. Pendant des semaines, l'escroc échange par téléphone et par mail, demande des documents, monte un dossier et simule la recherche du meilleur prêt. Cette longue phase de mise en confiance est conçue pour endormir toute méfiance. Le coup de grâce intervient lorsque le faux courtier annonce que le dossier est accepté et demande à la victime de verser son apport personnel sur un compte bancaire tiers, souvent présenté comme un « compte de dépôt » nécessaire au déblocage des fonds.

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L'usurpation d'identité, le cœur de la supercherie

Pour paraître crédibles, les criminels n'hésitent pas à usurper l'identité de véritables professionnels. C'est le cas de Michaël Brizard, courtier senior chez HelloPrêt, dont le nom a été utilisé pour tromper plusieurs victimes. Il témoigne du professionnalisme déconcertant des fraudeurs : « Ces escrocs ont un aplomb diabolique. Ils sont très forts et affichent un niveau d’expertise égal au nôtre. Ils couvrent toute la France et ciblent une population non initiée aux pratiques du courtage. La volumétrie de cette arnaque est colossale ». L'intégralité de son cabinet a vu l'identité de ses courtiers être usurpée, menant même à l'agression physique d'un de ses collègues par une victime persuadée d'avoir retrouvé son bourreau. Cette usurpation d'identité rend la fraude extrêmement difficile à déceler pour un non-initié.

La règle d'or pour ne pas perdre les économies d'une vie

Le point de bascule de l'arnaque repose sur une seule action que vous ne devez jamais effectuer : virer de l'argent directement à un courtier. Une règle absolue dans le secteur immobilier stipule que l'apport personnel est TOUJOURS versé sur le compte du notaire, et uniquement le jour de la signature de l'acte de vente. Aucun courtier, aussi sympathique et professionnel soit-il, n'est habilité à recevoir ces fonds sur un compte bancaire, qu'il soit en France ou à l'étranger. La victime de l'Essonne a réalisé trois virements vers un compte de la CaixaBank, un établissement espagnol, avant que sa propre banque, Boursorama, ne l'alerte sur la nature frauduleuse du compte destinataire. Il était malheureusement trop tard, et la banque a refusé le remboursement, arguant que les virements avaient été authentifiés par la cliente.

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Comment vérifier le sérieux d'un interlocuteur ?

Quelques vérifications simples permettent d'éviter de tomber dans le panneau. Avant de vous engager, il est recommandé de prendre certaines précautions pour valider l'identité de la personne avec qui vous échangez :

  • Vérifiez que le courtier et sa société sont bien inscrits sur le registre de l'Orias, le registre officiel des intermédiaires financiers, ainsi que sur le registre du commerce et des sociétés.

  • Tapez le numéro de téléphone et l'adresse mail de votre contact dans un moteur de recherche. Les adresses mail des escrocs ne correspondent jamais exactement à celles des vraies sociétés.

  • Méfiez-vous des promesses de gratuité. Un véritable service de courtage a un coût, oscillant généralement entre 1 500 et 10 000 euros selon le dossier. Une prestation gratuite ou « pas chère » doit immédiatement vous alerter.

  • Analysez le site web : tous les liens sont-ils cliquables ? Les mentions légales et conditions générales sont-elles présentes et complètes ?
Source : UFC