La tendance du tout-tactile, lancée il y a plus de dix ans par Tesla, semblait inarrêtable. Pourtant, une forme de lassitude s'installe chez les conducteurs et certains constructeurs commencent à faire machine arrière.

Au centre de ce débat, un affrontement se dessine entre deux visions radicalement opposées, incarnées par les deux rivaux historiques du premium allemand. La question n'est plus de savoir qui aura le plus grand écran, mais si l'écran est encore la solution.

Pourquoi Mercedes s'accroche-t-il aux écrans géants ?

Pour la marque à l'étoile, la messe est dite : le futur est numérique, et il doit se voir. Le directeur du design, Gorden Wagener, a toujours été un fervent défenseur des planches de bord spectaculaires comme l'Hyperscreen. Selon lui, les écrans sont un marqueur de modernité et de statut. « On ne peut pas ignorer un écran », affirmait-il, suggérant qu'une petite dalle donne l'impression d'une petite voiture. Cette vision du luxe numérique est le pilier de la stratégie de Mercedes.

Hyperscreen

Cette conviction a même poussé le designer à critiquer ouvertement la concurrence. Il a ainsi qualifié l'intérieur du Concept C d'Audi de design semblant « avoir été conçu en 1995 », le jugeant trop familier et manquant de technologie. Pour Mercedes, réduire la taille ou le nombre d'écrans serait un retour en arrière, une négation du progrès et des possibilités offertes par la technologie, comme le divertissement pour les passagers.

Quelle est la nouvelle philosophie d'Audi ?

Le son de cloche est radicalement différent à Ingolstadt. L'arrivée de Massimo Frascella à la tête du design a provoqué un virage à 180 degrés. Pour lui, la multiplication des écrans est une dérive, « de la technologie pour la technologie elle-même ». La nouvelle doctrine d'Audi est claire : la technologie doit être au service du conducteur, présente quand il en a besoin, mais discrète le reste du temps pour ne pas devenir une distraction.

Audi Concept C

Frascella entend remettre au centre du jeu ce qui a fait la réputation de la marque : la qualité perçue et le raffinement. Il parle d'un retour aux matériaux nobles, aux assemblages précis et, surtout, au fameux « clic Audi », cette sensation tactile et sonore de solidité des commandes physiques. L'habitacle de demain, préfiguré par le Concept C, réconciliera donc numérique et analogique, avec un écran central plus petit et même escamotable.

Cette bataille est-elle un simple duel d'ego ?

Bien plus qu'une simple querelle de designers, ce débat révèle des enjeux industriels profonds. La domination des écrans s'explique par deux facteurs principaux : la réduction des coûts de production par rapport aux multiples boutons physiques, et la pression du marché chinois, extrêmement friand de cockpits façon smartphone. Les constructeurs européens se sont donc alignés, parfois à contrecœur.

Tesla Model S Plaid interieur

Le changement de cap d'Audi, qui suit une tendance déjà amorcée par Volkswagen avec la réintroduction de boutons, marque une prise de conscience. L'expérience utilisateur en Europe n'est pas la même qu'en Asie, et la frustration face aux interfaces tout-tactiles est devenue un véritable problème. En choisissant de se différencier par la qualité matérielle plutôt que par la taille de ses dalles, Audi lance un pari audacieux : celui que le vrai luxe n'est pas celui qui s'affiche, mais celui qui se ressent.

Foire Aux Questions (FAQ)

Pourquoi les écrans sont-ils devenus si grands et nombreux dans les voitures ?

Leur popularité s'explique principalement par une réduction des coûts de fabrication pour les constructeurs par rapport aux commandes physiques complexes, et par une forte demande du marché chinois, qui plébiscite les intérieurs très technologiques et connectés.

Qui sont les designers au cœur de cette opposition ?

D'un côté, Gorden Wagener, le directeur du design de Mercedes, est un ardent défenseur des écrans géants comme symbole de modernité. De l'autre, Massimo Frascella, le nouveau chef du design d'Audi, plaide pour un retour à une meilleure ergonomie avec plus de commandes physiques et des matériaux de haute qualité.

Que signifie l'expression "le clic Audi" ?

Le "clic Audi" est une expression qui désigne la sensation de haute qualité, à la fois tactile et sonore, que procuraient les boutons et les commandes physiques dans les anciens modèles de la marque. C'est un symbole de la précision et de la qualité de fabrication qu'Audi souhaite remettre au premier plan.