La descente aux enfers se poursuit pour la reine des cryptomonnaies. En passant sous la barre symbolique des 70 000 dollars, puis en s'effondrant jusqu'à 62 000 dollars (NB : valeur au 05/02, 22h00), le Bitcoin a touché son plus bas niveau depuis la fin de l'année 2024.

Cette chute représente une perte de valeur de près de 46 % depuis son sommet historique d'octobre, établi juste au-dessus des 126 000 dollars. Cette baisse s'inscrit dans une tendance lourde qui dure depuis plus de trois mois, effaçant plus de 500 milliards de dollars de capitalisation boursière en une seule semaine pour l'ensemble du secteur.

Cette dynamique négative est alimentée par des liquidations forcées massives, dépassant les 2 milliards de dollars en quelques jours. Entre la méfiance des investisseurs institutionnels et l'échec de son statut de valeur refuge face à l'or, les signaux d'un ralentissement durable se multiplient, ravivant le spectre d'un « hiver crypto » aux conséquences potentiellement sévères pour tout l'écosystème.

Un mythe qui s'effrite : la fin de l'or numérique ?

Longtemps présenté comme une protection contre l'inflation et les incertitudes macroéconomiques, le Bitcoin a échoué à remplir ce rôle. Son comportement récent le rapproche davantage des actifs à risque, comme les actions technologiques, que d'une valeur refuge.

La comparaison avec l'or est particulièrement douloureuse : alors que le métal jaune a bondi de 68 % sur la dernière année, le Bitcoin a dévissé de près de 30 % sur la même période. Cette décorrélation met à mal l'un des arguments de vente fondamentaux de l'actif.

bitcoins

Les analystes, comme ceux de la Deutsche Bank, notent que cette contre-performance signale une perte d'intérêt des investisseurs traditionnels et un pessimisme grandissant.

L'adoption du Bitcoin comme moyen de paiement reste également marginale, ce qui limite son utilité pratique et renforce les doutes sur sa valeur intrinsèque. D'autres cryptomonnaies majeures, comme l'Ether et le Solana, subissent des pertes encore plus importantes, confirmant la tendance baissière généralisée.

L'effet domino : quand les piliers du marché vacillent

La vague de vente actuelle est en partie attribuée à un revirement spectaculaire des investisseurs institutionnels. Selon un rapport de CryptoQuant, ces acteurs, qui avaient massivement soutenu la hausse l'année précédente, sont désormais des vendeurs nets.

Ce retrait massif de capitaux pèse lourdement sur un marché où le flux de nouveaux acheteurs via les ETF se tarit.

cryptomonnaies

Les entreprises de l'écosystème crypto subissent les conséquences de plein fouet. Des plateformes comme Coinbase et Robinhood voient leurs actions chuter, tandis que des sociétés de minage comme Riot Platforms dévissent.

Le cas de Strategy (anciennement MicroStrategy) est emblématique : l'entreprise, qui a fait le pari d'acheter massivement du Bitcoin, se retrouve « sous l'eau », avec un prix d'achat moyen supérieur à 76 000 dollars pour ses 713 502 BTC, accusant ainsi une perte latente de plusieurs milliards de dollars.

Vers un nouvel hiver crypto ?

Face à cette déroute, le terme d'« hiver crypto » refait surface. Pour certains observateurs, on a affaire ici à la fin d'un cycle d'adoption des cryptomonnaies par effet de curiosité et d'opportunisme.

Les entreprises du secteur commencent à prendre des mesures drastiques pour survivre à la tempête. L'exchange Gemini, fondé par les frères Winklevoss, a ainsi annoncé une réduction de 25 % de ses effectifs pour assurer sa rentabilité future.

Cette situation illustre la pression croissante sur un écosystème qui ne fonctionne plus uniquement sur la base de l'enthousiasme. Malgré ce climat morose, certaines figures emblématiques comme Michael Saylor, le président exécutif de Strategy, continuent d'afficher un optimisme inébranlable, qualifiant la volatilité de « cadeau pour les fidèles » (qui permet d'acheter de la monnaie crypto à bas prix en attendant la prochaine remontée).

Cependant, le marché semble sourd à ces messages positifs pour le moment. La question reste entière : sans un nouveau narratif puissant pour attirer les capitaux, combien de temps cet hiver pourrait-il durer et quelles seront les prochaines victimes de cette purge sectorielle ?