La Chine a officiellement soumis des demandes auprès de l'Union Internationale des Télécommunications (UIT) pour plus de 200 000 satellites. Menés par diverses entreprises chinoises, ces projets colossaux visent à réserver des fréquences radio et des positions orbitales clés, marquant une accélération spectaculaire de la compétition face aux méga-constellations occidentales comme Starlink.

La course à l’occupation de l'orbite terrestre basse est devenue l'un des enjeux géopolitiques et économiques majeurs du 21e siècle. Cet espace, situé entre 250 et 2000 kilomètres d'altitude, est une ressource limitée et de plus en plus convoitée.

Actuellement, les États-Unis, principalement via le projet Starlink de SpaceX, détiennent une avance considérable, représentant la majorité des objets actifs dans cette zone.

Cette position dominante leur confère un avantage stratégique pour sécuriser les meilleures « autoroutes » orbitales et les fréquences radio les plus efficaces avant leurs concurrents.

Une ambition démesurée sur le papier

Au cœur de cette offensive chinoise se trouvent deux projets aux chiffres vertigineux. Les dossiers déposés auprès de l'Union Internationale des Télécommunications (UIT), l'agence des Nations Unies chargée de réguler le secteur, concernent principalement les constellations CTC-1 et CTC-2.

Chacune de ces demandes prévoit le déploiement de 96 714 satellites, pour un total combiné dépassant les 190 000 unités.

Il ne s'agit pas encore d'une autorisation de lancement, mais d'une démarche réglementaire cruciale pour obtenir une priorité sur les créneaux orbitaux et le spectre radio.

Plus qu'une simple formalité administrative, cette action vise à réserver des options stratégiques pour la décennie à venir. Les documents mentionnent une « nouvelle agence d'exploitation » non spécifiée, suggérant un effort national coordonné plutôt que l'initiative d'une seule entreprise.

Pourquoi une telle précipitation ?

Cette démarche massive s'explique par la crainte d'être pris de vitesse. La congestion orbitale est une préoccupation grandissante, et les orbites comme les fréquences sont des ressources finies.

Les premiers arrivants sont les mieux servis, un principe qui pousse les nations à agir vite. La décision récente de la Federal Communications Commission (FCC) américaine d'autoriser l'augmentation du nombre de satellites Starlink de deuxième génération pour SpaceX n'a fait qu'accentuer ce sentiment d'urgence à Pékin.

Pour éviter la spéculation orbitale, où des entités réserveraient des créneaux sans intention de les utiliser, l'UIT a mis en place des règles strictes en 2019. Les opérateurs doivent lancer leur premier satellite dans les sept ans suivant leur demande initiale.

Ensuite, un calendrier de déploiement strict impose de mettre en orbite 10 % de la constellation en deux ans, 50 % en cinq ans, et la totalité en sept ans. C'est une véritable course contre la montre qui s'engage.

Des projets existants aux plans futurs

Ces nouvelles demandes s'ajoutent aux projets chinois déjà bien engagés. Les méga-constellations nationales Guowang et Qianfan, prévoyant chacune plus de 10 000 satellites, sont déjà en cours de construction.

Les dossiers CTC-1 et CTC-2 semblent donc représenter un plan de nouvelle génération, visant à sécuriser l'avenir au-delà des initiatives actuelles. D'autres acteurs chinois, comme China Mobile ou Galaxy Space, ont également soumis des plans pour des constellations plus modestes mais tout aussi stratégiques.

Le défi principal n'est plus seulement administratif, mais logistique. Pour tenir ses engagements, la Chine doit massivement augmenter sa capacité de lancement. Le développement accéléré de fusées réutilisables et l'expansion des ports spatiaux, comme celui de Hainan, témoignent de cette volonté.

La question reste ouverte : assistons-nous aux prémices d'une domination chinoise de l'orbite basse ou à un monumental bluff stratégique destiné à occuper le terrain réglementaire ?