Une équipe de chercheurs australiens, menée par l'Université de Sydney et le Baird Institute, a fourni la première preuve formelle que le cœur humain possède une capacité intrinsèque à se régénérer après une attaque. Publiée dans la revue scientifique de référence Circulation Research, cette étude démontre un phénomène jusqu'alors observé uniquement chez l'animal : la création de nouvelles cellules musculaires cardiaques en réponse à une lésion.
Comment le cœur tente-t-il de se réparer ?
Le mécanisme identifié est la mitose des cardiomyocytes, c'est-à-dire la division et la multiplication des cellules du muscle cardiaque. Pendant des décennies, les manuels de médecine ont enseigné que le nombre de ces cellules était fixe à la naissance et que tout dommage consécutif à une crise cardiaque était permanent, remplacé par un tissu cicatriciel inerte et non fonctionnel.
Selon le Dr Robert Hume, auteur principal de l'étude, cette découverte est passionnante, même si ce processus naturel de réparation reste très limité. Les scientifiques estiment que le cœur active cette capacité de régénération en réponse à l'hypoxie, le manque d'oxygène qui tue les cellules lors de l'infarctus. Cela réactiverait des gènes normalement actifs uniquement pendant le développement fœtal.
Quelle a été la preuve de cette régénération ?
La confirmation est venue d'une source aussi rare qu'inattendue : un cœur conservé depuis 18 ans dans la Sydney Heart Bank. Il appartenait à un homme de 48 ans, décédé des suites d'un infarctus massif. L'analyse de ses tissus, "figés dans le temps" par la cryogénisation, a révélé qu'environ 11 % des cellules musculaires autour de la zone lésée montraient des signes de division.
Pour confirmer cette trouvaille unique, l'équipe a ensuite analysé des échantillons de tissus vivants prélevés sur des patients subissant un pontage coronarien au Royal Prince Alfred Hospital. Ces analyses ont confirmé une mitose active dans 7 à 8 % des cardiomyocytes. C'est une preuve irréfutable que le cœur humain essaie bien de se réparer.
Quelles sont les implications pour les futurs traitements ?
Le chemin est encore long. Les chercheurs estiment qu'un taux de 25 à 50 % de renouvellement cellulaire serait nécessaire pour une réparation significative. La capacité naturelle du cœur est donc largement insuffisante pour contrer les effets dévastateurs d'un infarctus. Cependant, cette découverte jette les bases de la médecine régénérative cardiaque.
L'objectif ultime est désormais clair : développer des thérapies capables d'amplifier ce processus de régénération. En identifiant les protéines et les gènes impliqués, les scientifiques espèrent pouvoir "booster" la capacité du cœur à créer de nouvelles cellules fonctionnelles, afin de prévenir ou même d'inverser l'insuffisance cardiaque, et ainsi changer radicalement la prise en charge des maladies cardiovasculaires.
Foire Aux Questions (FAQ)
Cette régénération naturelle est-elle suffisante pour guérir un cœur endommagé ?
Non, pas du tout. Le processus naturel observé est très limité et ne compense qu'une infime partie des dommages causés par une crise cardiaque. Il s'agit cependant d'une base fondamentale pour de futures recherches thérapeutiques.
Quelle est la prochaine étape pour les chercheurs ?
La prochaine étape consiste à utiliser les modèles de tissus cardiaques vivants pour identifier les mécanismes précis (protéines, gènes) qui déclenchent cette régénération. L'objectif est de trouver un moyen d'amplifier ce processus de manière significative pour obtenir un effet clinique réel.
Cette découverte remet-elle en question les connaissances médicales actuelles ?
Absolument. Elle contredit le dogme de longue date selon lequel le cœur adulte ne peut pas créer de nouvelles cellules musculaires. C'est une avancée majeure dans la compréhension de la biologie cardiaque humaine.