Un ex-ingénieur de Google, Linwei Ding, a été reconnu coupable par un jury fédéral américain d'avoir volé des secrets industriels liés à l'intelligence artificielle pour le compte d'entreprises chinoises.

Cette condamnation pour espionnage économique met en lumière les risques de sécurité auxquels font face les géants de la tech dans un contexte de compétition technologique mondiale exacerbée.

Le verdict est tombé au tribunal de district de San Francisco. L'ingénieur, âgé de 38 ans et de nationalité chinoise, a été reconnu coupable de sept chefs d'accusation pour espionnage économique et de sept autres pour vol de secrets industriels.

Embauché en 2019, il travaillait sur des projets de pointe au sein de l'entreprise, ce qui lui donnait un accès privilégié à des informations hautement confidentielles sur l'infrastructure de la société.

Le mécanisme d'une trahison annoncée

Engagé en tant qu'ingénieur logiciel, Linwei Ding avait pour mission de développer des solutions pour les centres de données de calcul intensif de Google, des infrastructures essentielles pour l'entraînement des modèles d'IA les plus avancés.

C'est à partir de mai 2022, soit trois ans après son arrivée, que les procureurs affirment qu'il a commencé à subtiliser des informations. Il a agi en secret, tout en étant courtisé par des entreprises technologiques basées en Chine.

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Sa méthode consistait à copier et transférer discrètement plusieurs centaines de fichiers confidentiels depuis le réseau de Google vers un compte cloud personnel.

Au total, ce sont des milliers de pages de documentation sur la technologie propriétaire de l'entreprise qui ont été exfiltrées sur une période d'un an, juste avant qu'il ne démissionne en décembre 2023.

Les documents volés contenaient des détails sur l'architecture matérielle et logicielle des supercalculateurs du géant américain.

Un double jeu au service de Pékin ?

L'enquête a révélé que, parallèlement à ses activités chez Google, Linwei Ding s'était affilié à des sociétés chinoises. Il avait accepté un poste de directeur de la technologie (CTO) pour l'une d'entre elles et avait même fondé sa propre entreprise en Chine en 2023, spécialisée dans l'IA et l'apprentissage automatique, dont il était le PDG. Tout cela, en percevant toujours son salaire de l'entreprise californienne.

intelligence artificielle

Devant des investisseurs potentiels, il n'hésitait pas à affirmer qu'il pouvait "copier et modifier la technologie" de Google pour construire une infrastructure de supercalculateur équivalente.

Pire encore, il avait postulé en 2023 à un programme de talents parrainé par le gouvernement chinois à Shanghai, s'engageant à aider le pays à développer des capacités d'IA "au niveau international", un élément accablant pour l'accusation.

Un verdict exemplaire pour la sécurité nationale

Le verdict du jury a été salué par les autorités américaines comme un signal fort envoyé à ceux qui tenteraient de s'approprier illégalement des technologies de pointe. Craig Missakian, procureur des États-Unis, a déclaré que cette décision envoyait "un message clair que le vol de cette technologie de valeur ne restera pas impuni" et que les autorités allaient "protéger le capital intellectuel américain" avec vigueur.

Cette affaire s'inscrit dans un effort plus large de l'administration américaine pour contrer le vol de technologies sensibles, notamment via la "Disruptive Technology Strike Force".

Pour les procureurs, le vol et l'utilisation abusive de technologies avancées comme l'intelligence artificielle au profit de la Chine menacent directement la sécurité nationale et l'avantage concurrentiel des États-Unis.

Linwei Ding risque désormais de lourdes peines de prison, pouvant aller jusqu'à 15 ans pour chaque chef d'espionnage et 10 ans pour chaque vol de secret, en plus d'amendes de plusieurs millions de dollars.