Des femmes politiques ont constaté que leurs contenus étaient majoritairement diffusés auprès d’un public quasi exclusivement masculin. Loin de favoriser un échange d'idées, cette situation transforme leurs espaces de communication en foires aux commentaires déplacés, aux remarques sur leur physique et au harcèlement. Une situation intenable qui pose une question fondamentale sur le rôle de la technologie dans la santé de notre démocratie.

Comment un outil de campagne se transforme-t-il en application de rencontre ?

Le constat dressé par les signataires de la tribune est sans appel. Élodie Jeanneteau a analysé les statistiques de ses propres publications : ses vidéos touchent une audience composée à 86 % d'hommes. Cette distribution très déséquilibrée n'est pas le fruit du hasard, mais la conséquence directe du fonctionnement de l'algorithme. Celui-ci semble catégoriser les profils des élues sur des critères de genre avant même de considérer leur fonction ou le contenu de leurs messages politiques.

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Cette mécanique perverse a pour effet de détourner complètement le but initial de leur communication. Elise Cassetto-Gadrat, élue dans le Calvados, témoigne recevoir des demandes en mariage et des messages privés inappropriés à la suite de publications sur des sujets sérieux. Au lieu d'un débat républicain, les candidates se retrouvent piégées dans une dynamique de séduction non désirée, où leur parole est systématiquement dévalorisée au profit de leur apparence. Les biais de ciblage transforment de fait leur campagne en un profil de site de rencontres.

Quelles sont les conséquences concrètes pour le débat démocratique ?

Les répercussions de cette « bulle masculine » vont bien au-delà de l'inconfort personnel. Elles représentent une menace directe pour le pluralisme politique. Enfermées dans une audience qui ne les écoute pas pour leurs idées, les candidates voient leur capacité à toucher des électeurs potentiels et à mener un véritable débat d'idées s'effondrer. Nicole Ameline, experte à l’ONU sur les droits des femmes, alerte sur ce risque majeur pour l'égalité d'accès à la sphère publique.

Ce phénomène n'est pas isolé et a déjà été documenté par des ONG comme Amnesty International. En cherchant à maximiser l'engagement à tout prix, les plateformes favorisent les contenus qui suscitent le plus de réactions, même si celles-ci sont de nature sexiste ou polémique. Ce cercle vicieux alimente non seulement le harcèlement en ligne, mais il fausse également la représentation démocratique en rendant les voix des femmes politiques quasi inaudibles auprès d'une partie cruciale de l'électorat.

meta

Quelle réponse de Meta face aux exigences de transparence ?

Face à cette mobilisation, la réponse du géant américain reste pour l'instant très évasive. Contacté, le groupe Meta se retranche derrière la complexité de ses systèmes, évoquant « des milliers de signaux » pris en compte pour le classement des contenus, sans jamais reconnaître l'existence d'un biais structurel. Une défense qui ne convainc plus les élues, qui exigent désormais une transparence totale sur les critères de recommandation.

Cette demande s'inscrit dans un contexte réglementaire européen de plus en plus strict. Le Digital Services Act (DSA) impose justement aux grandes plateformes des obligations de transparence accrues sur le fonctionnement de leurs algorithmes. Le combat de ces élues met en lumière une question cruciale : qui décide vraiment de la visibilité des idées lors d'une élection, l'outil technologique ou le citoyen ? Sans une réponse claire, la parité en politique risque de rester utopique.

Source : Politico