La firme Commonwealth Fusion Systems a franchi une étape clé en installant le premier aimant de son réacteur SPARC.
En parallèle, un partenariat stratégique avec Nvidia et Siemens vise à créer un jumeau numérique pour simuler et optimiser la machine, rapprochant l'ère de l'énergie propre quasi-illimitée.
Un géant de 24 tonnes, premier d'une longue série
Le premier des 18 aimants supraconducteurs a été mis en place au sein de l'installation du Massachusetts. Chaque pièce, un colosse de 24 tonnes, est capable de générer un champ magnétique de 20 teslas, soit environ 13 fois la puissance d'un appareil IRM classique.
Ces aimants en forme de D formeront une structure toroïdale, ou « doughnut », destinée à confiner un plasma chauffé à plus de 100 millions de degrés Celsius.
L'installation de l'ensemble des 18 aimants devrait s'achever d'ici la fin de l'été 2026. Pour atteindre une telle puissance, ils seront refroidis à une température cryogénique de -253°C.
C'est cette force magnétique titanesque qui doit permettre de comprimer le plasma suffisamment pour déclencher une réaction produisant plus d'énergie qu'elle n'en consomme, le véritable Graal de la recherche en énergie.
Le jumeau numérique : simuler pour mieux régner ?
La seconde annonce, et non la moindre, est le partenariat avec Nvidia et Siemens. L'objectif est de construire un jumeau numérique complet du réacteur SPARC.
En utilisant le portefeuille logiciel Xcelerator de Siemens et les bibliothèques Omniverse de Nvidia, CFS pourra créer une réplique virtuelle ultra-détaillée de sa machine.
Cette simulation complètera la phase de conception. Elle fonctionnera en parallèle de l'appareil physique, ingérant en continu les données opérationnelles pour les comparer aux modèles prédictifs.
Selon Bob Mumgaard, PDG de CFS, cette approche permettra de « compresser des années d'expérimentation manuelle en quelques semaines de compréhension ».
L'idée est de tester des hypothèses et d'optimiser les paramètres dans le monde virtuel avant de les appliquer au réacteur réel, un gain de temps et de sécurité potentiellement colossal.
Un horizon financier et technologique qui s'éclaircit
Le développement de la fusion est un marathon coûteux. CFS a déjà levé près de 3 milliards de dollars, avec des investisseurs de premier plan comme Google et Nvidia qui valident la pertinence de l'approche.
La construction de SPARC n'est qu'une étape avant la centrale commerciale ARC, dont le coût se chiffrera en milliards supplémentaires et qui vise à optimiser ces investissements massifs.
L'objectif de CFS reste ambitieux : atteindre le « net energy gain » en 2027 et connecter la première centrale ARC au réseau électrique au début des années 2030.
Si le pari du jumeau numérique est gagnant, ces échéances pourraient être tenues, voire avancées. L'implication des géants de la tech montre que la fusion nucléaire quitte définitivement le domaine de la recherche fondamentale pour entrer dans celui de l'industrialisation.