Créée en 1947 par les scientifiques ayant participé au projet Manhattan, cette horloge symbolique sert de métaphore pour évaluer la proximité de l'humanité à son auto-annihilation.
Loin d'être une prédiction, son réglage annuel constitue une évaluation rigoureuse des menaces existentielles. En janvier 2026, l'avancée de quatre secondes par rapport à l'année précédente marque une dégradation significative de la sécurité mondiale, la plaçant au point le plus critique depuis sa création.
Une convergence de menaces sans précédent
La décision du Bulletin des scientifiques atomistes s'appuie sur une analyse sombre de la situation géopolitique actuelle. Les experts s'inquiètent de voir les traités de contrôle des armements, durement acquis, s'effriter, notamment avec l'expiration imminente d'un accord stratégique clé (dit New START) entre les États-Unis et la Russie.
Cette situation pourrait ouvrir la voie à une nouvelle course aux armements nucléaires incontrôlée, alors que des nations comme la Chine, les États-Unis et la Russie adoptent des postures de plus en plus nationalistes et conflictuelles, accélérant une "compétition des grandes puissances" où tout le monde risque de perdre.
Parallèlement, le changement climatique continue sa progression inexorable. Les scientifiques soulignent que les niveaux de dioxyde de carbone dans l'atmosphère et le niveau des mers ont atteint des niveaux records, provoquant des phénomènes météorologiques extrêmes de plus en plus fréquents et intenses.
Les récentes conférences sur le climat ont été jugées largement insuffisantes, échouant à mettre en place des mesures contraignantes pour sortir des combustibles fossiles et endiguer la crise.
L'érosion de la coopération internationale, un facteur aggravant
Au-delà des menaces matérielles, le Bulletin pointe du doigt un danger plus insidieux : la montée des "autocraties nationalistes" à travers le monde. Cette tendance à un repli sur soi et à une logique de confrontation "nous contre eux" mine les fondations de la coopération nécessaire pour affronter des défis globaux.
La confiance internationale, indispensable pour négocier des solutions communes sur le nucléaire ou le climat, s'effondre au profit d'intérêts nationaux à court terme.
Pour Alexandra Bell, présidente et directrice générale du Bulletin, le message est clair : "Les risques catastrophiques augmentent, la coopération décline, et nous manquons de temps".
Ce constat met en lumière un profond manque de leadership mondial. Plutôt que de prendre la mesure des avertissements, de nombreux dirigeants se sont montrés complaisants, voire ont adopté des politiques qui accélèrent ces risques.
Il est désormais impératif que les citoyens du monde entier fassent pression pour exiger des actions rapides et concrètes.
L'intelligence artificielle, nouvel accélérateur de risques ?
Enfin, les scientifiques ajoutent une nouvelle variable à cette équation déjà complexe : les dangers posés par l'intelligence artificielle. Qualifiée de technologie de rupture au développement fulgurant, l'IA est perçue comme un "multiplicateur de menaces".
Son rôle dans l'amplification de la mésinformation et de la désinformation rend encore plus difficile la résolution des autres crises en sapant la capacité de la société à y répondre de manière rationnelle.
Le risque d'une course aux armements basée sur l'IA, notamment dans les systèmes de commandement et de contrôle nucléaire, est également une source de préoccupation majeure.
L'histoire a cependant montré que l'humanité peut inverser la tendance. En 1991, après la fin de la Guerre Froide, l'horloge de la fin du monde a été reculée à 17 minutes de minuit, son point le plus éloigné.
Cet espoir demeure, mais il ne se concrétisera que si les nations et leurs dirigeants travaillent ensemble pour trouver des solutions aux menaces qui pèsent sur notre existence commune.