Même au plus fort de la Guerre Froide, les États-Unis et l'Union Soviétique ont maintenu un dialogue stratégique pour encadrer leurs arsenaux nucléaires.
Ces accords, bien que négociés dans un climat de méfiance extrême, ont créé un cadre prévisible et des mécanismes de vérification essentiels à la stabilité mondiale.
Cette longue ère de contrôle mutuel, initiée en 1969, touche cependant à sa fin, laissant place à une incertitude inédite.
Un dialogue au point mort sur fond de conflit
Le dernier rempart de cette architecture de sécurité, le traité New START, expirera le 5 février 2026. Cet accord limitait le nombre d'ogives nucléaires déployées à 1 550 pour chaque puissance.
Or, le dialogue est aujourd'hui au point mort, gelé par le conflit en Ukraine, et aucune négociation pour un traité successeur n'a été engagée. Face à ce vide, le président russe Vladimir Poutine a proposé une extension informelle des limites pour une durée de douze mois.
Cette offre, restée sans réponse de Washington, est un véritable casse-tête. D'un côté, elle permettrait de gagner un temps précieux et de signaler une volonté commune d'éviter l'escalade.
De l'autre, elle est perçue comme une manœuvre tactique, la Russie ayant suspendu les inspections mutuelles depuis 2023, rendant toute vérification impossible.
L'équation chinoise et le dilemme américain
Accepter une prolongation sans garanties poserait un autre problème majeur. Cela permettrait à la Russie de continuer le développement de ses nouveaux systèmes d'armes, comme le missile de croisière Burevestnik ou la torpille Poséidon, qui ne sont pas couverts par le traité actuel.
L'enjeu dépasse cependant le cadre bilatéral, car le contexte géopolitique a changé. Les États-Unis doivent désormais composer avec la montée en puissance rapide de l'arsenal nucléaire chinois.
Beijing, qui posséderait environ 600 ogives aujourd'hui, pourrait en détenir plus de 1 000 d'ici 2030 selon le Pentagone. Maintenir les forces américaines plafonnées au même niveau que celles de la Russie enverrait un signal à la Chine qu'elle peut poursuivre son expansion sans contrainte, sapant toute chance de l'amener un jour à la table des négociations.
C'est le cœur du dilemme américain : comment contenir deux puissances nucléaires rivales avec un seul accord en sursis ?
Au-delà des traités, la gestion du risque comme priorité ?
Face à la complexité de négocier un nouveau traité nucléaire multilatéral, que certains experts qualifient de "quasi-impasse", une autre approche gagne du terrain : la réduction des risques.
L'idée est de se concentrer sur des mesures de confiance pour éviter une guerre nucléaire accidentelle. Un exemple frappant est l'absence de lignes de communication directes et permanentes entre Moscou et les capitales européennes.
Actuellement, seul le fameux "téléphone rouge" relie Washington et Moscou en cas de crise majeure. Pour des analystes comme l'ancien négociateur russe Nikolai Sokov, la priorité absolue est de rétablir des canaux de communication fiables et de renforcer la transparence avant même d'envisager un accord complexe qui prendrait des années à élaborer.
Sans ces garde-fous, la fin de New START n'ouvre pas seulement la porte à une nouvelle course aux armements, mais aussi à une ère de méfiance où la moindre erreur de calcul pourrait avoir des conséquences dramatiques.