De plus en plus de travailleurs américains se tournent vers la thérapie, confrontés à une anxiété croissante liée à l'intelligence artificielle. Entre la peur de voir son poste disparaître et le sentiment de devenir obsolète, les psychologues constatent une détresse qui dépasse la simple perte d'emploi pour toucher à la valeur personnelle et à l'identité professionnelle.

Depuis quelques années, les thérapeutes américains observent une tendance inédite dans leurs cabinets. Des patients de tous horizons expriment une inquiétude profonde face à l'essor de la technologie, une peur qui se cristallise autour d'une question lancinante : suis-je en train de devenir obsolète ? Cette appréhension, autrefois cantonnée aux récits de science-fiction, est désormais une réalité clinique.

Une menace concrète aux chiffres alarmants

Cette anxiété s'ancre dans des données tangibles qui dessinent les contours d'une transformation majeure du monde du travail. Selon une enquête de l'American Psychological Association, 38 % des travailleurs craignent que l'IA ne rende leurs compétences caduques à très court terme.

Les chiffres des licenciements confirment cette tendance : en 2025, près de 55 000 suppressions de postes aux États-Unis étaient directement liées à l'intelligence artificielle.

Des entreprises comme Salesforce, Accenture ou Lufthansa ont publiquement justifié des restructurations par l'intégration de ces nouvelles technologies, alimentant un sentiment d'inévitabilité et d'impuissance chez les salariés.

Quand la perte d'emploi devient une crise de sens

Au-delà de l'impact économique, la substitution par l'IA touche une corde beaucoup plus sensible : celle de la valeur personnelle. Selon les thérapeutes, cette situation est souvent vécue comme un message de l'univers signifiant "vous n'êtes plus nécessaire", une expérience qui redéfinit la notion même d'emploi et qui est bien plus déstabilisante qu'un simple plan social.

Cette angoisse est amplifiée par l'incertitude. Les salariés laissés dans une "zone grise", sans savoir si l'IA est la cause de leur départ, subissent une anxiété et un doute de soi décuplés.

Le sentiment de perdre le contrôle face à une technologie si rapide et complexe est un puissant catalyseur de détresse psychologique.

Se réapproprier son avenir : les pistes des thérapeutes

Face à ce bouleversement, les spécialistes s'accordent sur une première étape cruciale : accepter et ressentir la perte. Certains praticiens invitent leurs patients à "faire le deuil" d'un monde qui change vite et à accueillir les émotions de choc et de peur sans jugement. C'est une phase nécessaire pour pouvoir ensuite avancer.

L'étape suivante consiste à reprendre un certain pouvoir d'action. Plutôt que de sombrer dans l'évitement, les experts recommandent de s'informer pour mieux comprendre où l'IA transforme réellement le travail.

Cela peut ensuite être l'occasion de profiter de ce moment pour faire un "inventaire de soi" et redéfinir ses aspirations. La clé pourrait résider dans le détachement entre son identité et sa fonction professionnelle, un défi majeur pour les décennies à venir.

Mais ce détachement est-il seulement compatible avec l'engagement des salariés réclamé par ailleurs par les entreprises, à l'heure où la valeur travail est justement en cours de mutation ?

Et au-delà du processus d'acceptation, la question du remplacement du travail humain par l'IA reste entière et la problématique de savoir par quoi remplacer la fonction perdue promet d'ocuper les psychologues un moment...avant d'être eux-mêmes remplacés par l'intelligence artificielle ?