Longtemps artisanat purement humain ou presque, le développement logiciel connaît une transformation profonde. L'avènement des assistants basés sur l'intelligence artificielle, capables de générer du code à partir de simples instructions en langage naturel, modifie la nature même du métier.

Cette vague de fond n'est plus une simple tendance, mais une réalité mesurable à l'échelle mondiale. Une étude révèle une adoption mondiale inégale et un paradoxe de taille : si les débutants l'utilisent massivement, seuls les développeurs expérimentés en tirent de réels gains de productivité, creusant ainsi les écarts de compétences.

Une adoption fulgurante mais géographiquement inégale

Les chiffres parlent d'eux-mêmes : selon une étude majeure publiée dans la revue Science et analysant plus de 30 millions de contributions sur GitHub, la part du nouveau code écrit avec une assistance IA a explosé.

Aux États-Unis, elle est passée de 5 % en 2022 à près de 30 % début 2025. L'Europe suit le mouvement, avec 24 % pour la France et 23 % pour l'Allemagne.

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Cependant, cette diffusion révèle une fracture numérique mondiale. La Chine (12 %) et la Russie (15 %) accusent un retard notable, principalement en raison d'obstacles à l'accès aux modèles les plus performants, qu'ils soient imposés par les gouvernements locaux ou les fournisseurs eux-mêmes.

L'émergence de modèles domestiques performants pourrait toutefois rapidement rebattre les cartes.

Le paradoxe de l'expérience : qui profite vraiment de l'IA ?

L'élément le plus surprenant de l'étude réside dans la répartition des bénéfices. Ce sont les développeurs juniors qui utilisent le plus l'IA, avec 37 % de leur code assisté.

Pourtant, l'analyse ne montre pour eux aucun gain de productivité statistiquement significatif. À l'inverse, les développeurs expérimentés, qui y ont recours plus modérément (27 % de leur code), sont les seuls à générer les gains de productivité globaux mesurés à 3,6 %.

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Credit : Complexity Science Hub (CSH) 

L'explication tient à la manière d'utiliser l'outil. Une utilisation efficace requiert une mentalité de manager, capable d'évaluer, d'intégrer et de corriger les suggestions de l'IA, plutôt que de s'en servir comme une béquille.

Pour les experts, l'IA accélère l'apprentissage et l'expérimentation avec de nouveaux outils, élargissant leurs compétences dans des domaines de programmation jusqu'alors inconnus.

Quelles conséquences pour l'économie et les carrières ?

Cet accroissement de productivité de 3,6 % a un impact économique direct. Pour les États-Unis seulement, cela représenterait une valeur ajoutée annuelle estimée entre 23 et 38 milliards de dollars.

Ce chiffre, probablement sous-estimé, démontre l'ampleur du phénomène sur une industrie qui pèse des centaines de milliards en masse salariale.

La question la plus pressante concerne l'avenir des carrières. Si l'IA automatise les tâches routinières souvent confiées aux débutants, elle crée un risque de voir disparaître cette première marche de l'échelle professionnelle.

Comment la nouvelle génération de développeurs pourra-t-elle acquérir l'expérience nécessaire pour devenir les experts de demain ? Pour les entreprises et les institutions éducatives, l'enjeu n'est plus de savoir si l'IA sera utilisée mais comment en démocratiser les bénéfices sans renforcer les inégalités.