Face à des manifestations nationales, l'Iran a déclenché une coupure massive d'Internet, déconnectant ses 85 millions d'habitants. Pour la première fois, le régime utilise des brouilleurs militaires pour neutraliser le réseau satellite Starlink, privant les manifestants d'un outil de communication vital et faisant craindre une répression violente à l'abri des regards.
Jeudi soir, le gouvernement en Iran a activé son kill switch, plongeant ses 85 millions de citoyens dans un black-out numérique quasi total. Cette mesure radicale, qui coupe les lignes internet et téléphoniques, vise à étouffer les protestations nationales grandissantes contre la crise économique, qui représentent un défi majeur pour le pouvoir en place.
Un black-out numérique sans précédent
Ce n'est pas la première fois que le régime recourt à une telle extrémité. Des coupures similaires avaient déjà eu lieu en 2019 et en 2022 lors de vagues de contestation.
Cependant, la situation actuelle marque une escalade significative. Auparavant, les Iraniens pouvaient contourner la censure grâce à des VPN et, plus récemment, au service Starlink.
Aujourd'hui, même cette bouée de sauvetage satellitaire est ciblée. La possession et l'utilisation de Starlink sont illégales, mais des dizaines de milliers de terminaux seraient actifs dans le pays, utilisés tant par des entrepreneurs que par des activistes pour diffuser des informations précieuses sur les manifestations en cours.
Comment Starlink est-il neutralisé ?
La neutralisation de Starlink repose sur une tactique de brouillage militaire. Les terminaux du service nécessitent des signaux GPS pour s'orienter avec précision vers les satellites en orbite basse.
Depuis le conflit avec Israël en juin dernier, les autorités iraniennes perturbent activement ces signaux, probablement pour contrer l'efficacité des drones.
Des experts comme Amir Rashidi, du Miaan Group, rapportent des pertes de paquets de données allant de 30 % à plus de 80 % dans certaines régions. Il estime que le gouvernement utilise des brouilleurs mobiles sophistiqués, une technologie qui n'avait jamais été observée à cette échelle, potentiellement fournie par la Russie ou la Chine.
Les conséquences d'un isolement total
La diaspora iranienne est plongée dans l'angoisse, sans nouvelles de ses proches. Cette coupure empêche la diffusion d'images et de témoignages, laissant craindre une répression sanglante à huis clos.
L'avertissement du procureur général, qualifiant les manifestants d'« ennemis de Dieu », une accusation passible de la peine de mort, ne fait qu'accentuer ces craintes.
Cet isolement a un coût économique exorbitant, estimé à plus de 1,5 million de dollars par heure. Pendant que la population est maintenue dans l'obscurité, le régime met en place des « listes blanches » pour accorder un accès limité à des entités triées sur le volet, créant une véritable fracture numérique.
L'incertitude demeure quant à la durée de ce black-out, mais pour les manifestants, chaque heure qui passe est décisive.