Le gouvernement japonais a confirmé ce qui constitue une véritable prouesse technique et une annonce à haute portée stratégique. Un échantillon de sédiments a été récupéré avec succès par le navire de recherche Chikyu à une profondeur vertigineuse de 6 000 mètres.

La mission s'est déroulée dans les eaux de l'île isolée de Minami Torishima, en plein cœur de l'océan Pacifique. Le porte-parole du gouvernement, Kei Sato, a qualifié l'opération d’"accomplissement significatif", tant pour la sécurité économique du pays que pour son développement maritime global. Si la quantité exacte de minerais reste à analyser, l'enjeu, lui, est déjà parfaitement identifié.

Un enjeu de souveraineté face au géant chinois

Cette mission s'inscrit dans un contexte de tensions croissantes avec Pékin. La Chine exerce une domination quasi totale sur le marché des terres rares, ces 17 métaux indispensables aux technologies de pointe, de la voiture électrique aux missiles.

Selon l'Agence internationale de l'énergie, la Chine assure près des deux tiers de la production minière et, surtout, 92 % de la production raffinée mondiale. Un quasi-monopole que Pékin n'hésite pas à utiliser comme levier géopolitique, notamment dans le dossier sensible de Taïwan.

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Les craintes japonaises se sont intensifiées après que Pékin a bloqué l'exportation de certains produits "à double usage", une catégorie dans laquelle figurent plusieurs terres rares.

Pour Tokyo, développer une filière d'approvisionnement nationale n'est plus une option mais une nécessité impérieuse pour garantir l'autonomie de ses industries clés et sa sécurité nationale.

Minami Torishima, un gisement aux allures de trésor ?

La zone explorée, située dans la zone économique exclusive (ZEE) du Japon, pourrait bien être l'une des clés de cette quête d'indépendance. Les estimations relayées par le quotidien économique Nikkei sont pour le moins impressionnantes : le gisement autour de Minami Torishima contiendrait plus de 16 millions de tonnes de terres rares, ce qui en ferait potentiellement l'un des trois plus grands gisements au monde. Un véritable trésor sous-marin qui suscite d'immenses espoirs.

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Pour mettre ces chiffres en perspective, le gisement contiendrait l'équivalent de 730 ans de la consommation mondiale actuelle de dysprosium, un composant essentiel aux aimants haute performance des véhicules électriques, et 780 ans de celle d'yttrium, utilisé dans les lasers et d'autres applications de pointe.

La confirmation de ces volumes transformerait radicalement l'équilibre mondial des ressources stratégiques.

De l'exploration à l'exploitation, le véritable défi

Cependant, le chemin est encore long avant de voir une exploitation industrielle. Extraire ces minerais à une telle profondeur représente un défi technologique et économique colossal.

Les coûts d'opération sont extrêmement élevés et les problématiques environnementales, notamment l'impact sur des écosystèmes marins encore mal connus, sont au centre des préoccupations. Le Japon accélère néanmoins son programme, avec des tests d'extraction plus poussés prévus dès 2027.

Pour Takahiro Kamisuna, chercheur à l'International Institute for Strategic Studies, le succès de cette entreprise "sécuriserait la chaîne d'approvisionnement nationale pour des secteurs-clés".

La question n'est donc plus de savoir si le Japon doit le faire mais comment le pays parviendra à surmonter les obstacles pour transformer cette découverte en une source d'approvisionnement viable