Le débat public sur l'intelligence artificielle oscille souvent entre deux extrêmes. D'un côté, les prophètes d'une singularité imminente, et de l'autre, les voix qui alertent sur des risques existentiels.

Au milieu de ce tumulte, le PDG de Nvidia a profité d'une intervention sur le podcast No Priors pour offrir une perspective plus mesurée, s'attaquant de front aux récits qu'il juge contre-productifs et à la perception déformée de la technologie.

L'« IA divine », un concept relégué à une échelle galactique

Pour le dirigeant, l'idée d'une « IA divine » (AI God), une intelligence capable de maîtriser simultanément et parfaitement le langage humain, la génomique, la biologie moléculaire et la physique, relève purement de la fiction à notre échelle.

Il concède qu'une telle entité pourrait exister « un jour », mais précise que cet horizon se mesure en temps « biblique » ou « galactique ».

Cette clarification vise à déconstruire le mythe d'une superintelligence à portée de main. Selon lui, aucun chercheur ni aucune entreprise ne possède actuellement la capacité ne serait-ce que d'approcher un tel niveau de maîtrise unifiée.

L'objectif n'est donc pas de créer un dieu numérique, mais d'avancer pas à pas sur des applications concrètes et utiles pour la société.

Une critique acerbe des « récits apocalyptiques »

Le dirigeant de Nvidia s'est montré particulièrement critique envers ce qu'il nomme le « récit apocalyptique » (doomer narrative). Il estime que des personnalités très respectées ont causé des dommages considérables en propageant des scénarios de fin du monde inspirés de la science-fiction. Ces discours, selon lui, sont « extrêmement blessants » et inutiles.

Il s'interroge également sur les intentions derrière ces avertissements alarmistes adressés aux gouvernements. Il suggère que cela pourrait, consciemment ou non, effrayer les investisseurs et créer un climat réglementaire qui étoufferait les startups, favorisant ainsi les géants déjà établis. Il dénonce une rhétorique qui paralyse au lieu de guider vers une IA plus sûre et plus productive.

Replacer l'IA dans son rôle d'outil économique

Loin des fantasmes de superintelligence, Jensen Huang préfère voir l'IA comme une technologie appliquée, un levier de productivité essentiel.

Il a par exemple déjà évoqué le rôle des robots comme des « immigrants IA » pour pallier les pénuries de main-d'œuvre, ancrant fermement sa vision dans une approche pragmatique.

Cependant, les conséquences de l'IA sur le marché du travail nuancent ce tableau. Des études, comme celle de l'Université de Stanford, montrent une baisse des offres d'emploi liée à l'IA, tandis qu'un rapport de Fortune souligne que 95% des implémentations n'ont pas d'impact mesurable sur les résultats financiers.

Malgré ces résultats mitigés, la course à l'infrastructure continue, avec des projets pharaoniques de centres de données, signalant que l'industrie parie massivement sur le long terme.