L'image iconique du kangourou bondissant à travers l'outback australien est profondément ancrée. Mais pour ses ancêtres préhistoriques, dont certains atteignaient un poids colossal de 250 kg, ce mode de locomotion a longtemps fait débat.

Une étude capitale publiée dans la revue Scientific Reports par des chercheurs britanniques et australiens met un point final aux spéculations. En analysant des vestiges fossilisés, les scientifiques ont tranché : ces géants possédaient bien la capacité biomécanique de sauter.

Comment les scientifiques ont-ils pu le prouver ?

Au cœur du débat se trouvait un problème simple, presque mécanique : comment le squelette et les tendons d'un animal de 250 kg pouvaient-ils supporter la tension immense du saut sans rompre ? Les modèles précédents, extrapolés à partir des kangourous modernes, suggéraient que c'était impossible. Mais cette nouvelle recherche a adopté une approche directe, en se penchant sur les preuves fossiles elles-mêmes.

Les scientifiques des universités de Manchester et de Bristol ont analysé les os des membres postérieurs de 63 espèces, vivantes et éteintes. Ils se sont concentrés sur deux points cruciaux : l'os du talon (le calcanéum), où s'insère le tendon d'Achille, et le quatrième métatarse, l'os du pied le plus exposé à la fracture. La conclusion est sans appel : les fossiles présentaient la robustesse requise pour encaisser de tels chocs.

S'agissait-il d'un bond de sauterelle ou d'une simple foulée ?

Ce n'est pas parce qu'ils le pouvaient qu'ils se déplaçaient comme leurs cousins modernes. L'étude suggère que le saut n'était pas leur mode de transport principal sur de longues distances. C'était énergétiquement peu rentable en raison de leur masse. Leurs tendons, bien que plus épais et plus forts, stockaient moins efficacement l'énergie élastique.

Ces géants adoptaient donc plus probablement une démarche de marche la plupart du temps. Le bond, lui, était sans doute réservé à des situations bien précises : des accélérations brèves et explosives pour fuir des prédateurs redoutables comme le lion marsupial Thylacoleo, ou pour franchir un terrain accidenté. Un peu comme une grosse sauterelle mécanique, il s'agissait d'un outil dans un répertoire locomoteur plus large, et non d'une solution unique.

Quelles sont les implications de cette découverte ?

Cette conclusion redéfinit notre vision de la mégafaune australienne du Pléistocène. Elle démontre que ces kangourous géants étaient plus polyvalents et adaptables qu'on ne le pensait. Leur anatomie a évolué pour supporter leur poids massif tout en conservant un mécanisme de fuite essentiel, même si son usage était ponctuel.

Comprendre comment ces animaux vivaient et se déplaçaient est fondamental pour élucider les raisons de leur extinction, survenue il y a environ 40 000 à 50 000 ans. Cette étude, en se basant sur l'analyse directe des ossements, ajoute une pièce vitale du puzzle écologique de l'Australie préhistorique, nous éloignant des simples suppositions basées uniquement sur la taille.

Foire Aux Questions (FAQ)

Quel poids pouvait atteindre le plus grand kangourou préhistorique ?

L'espèce la plus grande connue, le *Procoptodon goliah*, pouvait atteindre un poids de 250 kilogrammes (soit 550 livres) et mesurer jusqu'à 2 mètres de haut. C'est plus du double du poids des plus grands kangourous roux actuels.

Le bond des kangourous géants était-il efficace ?

Probablement pas pour les longues distances. Leurs tendons plus épais, nécessaires pour la solidité, étaient moins performants pour stocker et restituer l'énergie élastique. Le saut était donc vraisemblablement conçu pour la puissance et la vitesse sur de courtes rafales, et non pour l'endurance.

Pourquoi cette étude est-elle différente des précédentes ?

Au lieu d'extrapoler les capacités des géants à partir de l'anatomie des espèces modernes, cette recherche a directement analysé les os fossilisés des kangourous préhistoriques eux-mêmes. Elle fournit ainsi des preuves empiriques et directes de la robustesse de leurs membres et de la faisabilité biomécanique du saut.