L'administration américaine a publié une image numériquement altérée de l'activiste Nekima Levy Armstrong, la montrant faussement en larmes après son arrestation.

Cette manipulation, confirmée par des analyses techniques, soulève de graves questions sur l'utilisation de l'IA à des fins de communication politique et de propagande.

Une manipulation visuelle orchestrée au sommet de l'État

L'affaire prend racine lors d'une manifestation anti-ICE (Immigration and Customs Enforcement) qui a perturbé un service religieux à l'église Cities Church de Saint Paul, au Minnesota.

Suite à cet événement, la procureure générale Pam Bondi a annoncé l'arrestation de plusieurs organisateurs, dont l'avocate et militante Nekima Levy Armstrong. Peu après, la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a partagé sur les réseaux sociaux une photo de l'arrestation montrant une femme digne et calme.

Cependant, une trentaine de minutes plus tard, le compte X officiel de la Maison-Blanche a publié une version très différente de la même scène. Sur cette image numériquement altérée, Nekima Levy Armstrong apparaît le visage baigné de larmes, une mise en scène dramatique accompagnée de la légende la qualifiant d'« agitatrice d'extrême gauche ».

 La publication a rapidement été signalée par une Community Note sur X, soulignant la manipulation et renvoyant vers le cliché original.

Entre confirmation technique et justification politique

La preuve de la falsification n'a pas tardé à être établie par plusieurs sources. Une analyse du Guardian, en superposant les deux images, a confirmé qu'il s'agissait du même cliché, où seule l'expression faciale de la militante avait été modifiée.

De plus, une enquête de The Intercept utilisant l'outil Google SynthID a démontré que l'image avait été traitée avec des outils d'intelligence artificielle générative de Google.

Face aux questions des journalistes, la Maison-Blanche n'a pas nié la manipulation. Au contraire, un porte-parole a renvoyé vers un message de Kaelan Dorr, directeur adjoint de la communication, déclarant : « L'application de la loi se poursuivra. Les mèmes se poursuivront ».

Cette réponse provocatrice suggère une stratégie délibérée visant à utiliser ces techniques pour influencer l'opinion et déshumaniser les opposants politiques.

Quelles conséquences pour le droit et la communication ?

Au-delà de la manipulation de l'image, le fond juridique de l'affaire est également complexe. Les manifestants sont accusés en vertu du FACE Act, une loi de 1994 initialement conçue pour protéger l'accès aux cliniques pratiquant l'avortement, mais qui s'applique aussi aux lieux de culte.

Selon plusieurs avocats, la diffusion de cette photo altérée par l'exécutif pourrait avoir un effet préjudiciable sur la procédure judiciaire, en présentant l'accusée comme coupable et faible avant même son jugement.

Pour certains observateurs, cet incident est symptomatique d'une tendance plus large de "mémification" de l'actualité sérieuse, transformant les événements politiques en un spectacle.

En inventant littéralement une réalité alternative pour servir son agenda, l'administration brouille les lignes entre information et propagande. Cet épisode marque un tournant, posant la question cruciale de la confiance envers les communications officielles à l'heure où les outils de désinformation deviennent de plus en plus sophistiqués et accessibles.