Face à la menace grandissante des deepfakes, l'acteur Matthew McConaughey a pris une initiative inédite : déposer sa voix, son image et même sa célèbre réplique « Alright, alright, alright » comme des marques officielles.

La montée en puissance de l'intelligence artificielle générative a créé une zone grise juridique qui inquiète profondément le monde du divertissement. Les exemples d'utilisations non autorisées de l'image de célébrités, comme Tom Hanks dans une publicité dentaire ou les avatars de Scarlett Johansson, ont multiplié les alertes.

Cette crainte face aux deepfakes audio et vidéo fut d'ailleurs l'un des points névralgiques de la grève historique des acteurs et scénaristes de 2023, qui a mis en lumière le besoin urgent de protections contractuelles et légales.

Une stratégie juridique préventive et inédite

Plutôt que d'attendre une exploitation malveillante, l'acteur Matthew McConaughey a choisi d'adopter une stratégie juridique proactive. Via sa société J.K. Livin Brands, l'acteur a fait approuver huit marques distinctes par l'Office américain des brevets et des marques (USPTO).

Ces dépôts couvrent sa célèbre réplique mais aussi des clips vidéo très spécifiques, comme une séquence de sept secondes où il se tient sur un porche, ou un autre de trois secondes devant un sapin de Noël.

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Cette démarche est novatrice. Si les lois des États sur le droit à l'image protègent déjà contre l'usurpation à des fins commerciales, le dépôt de marque fédérale offre un recours plus large et puissant.

L'équipe juridique de l'acteur se dote ainsi d'un arsenal juridique fédéral pour poursuivre toute utilisation non autorisée, même si elle n'est pas explicitement commerciale, dissuadant ainsi les créateurs de contenu IA avant même qu'ils n'agissent.

Le détail d'une protection sur mesure

Le cas le plus emblématique de cette protection est sans doute la phrase « Alright, alright, alright ». Le dépôt de marque est d'une précision remarquable, décrivant la sonorité exacte de la réplique : « La marque consiste en un homme disant 'ALRIGHT ALRIGHT ALRIGHT', où la première syllabe des deux premiers mots est à une hauteur de ton plus basse que la seconde syllabe, et la première syllabe du dernier mot est à une hauteur de ton plus élevée que la seconde syllabe ».

Cette description phonétique précise ancre la protection non pas sur les mots eux-mêmes, mais sur l'interprétation unique de McConaughey dans le film culte Dazed and Confused (Génération Rebelle en VF).

Dazed and  Confused Matthew McConaughey Universal Pictures

Matthew McConaughey dans Génération Rebelle (credit : Universal Pictures)

Selon les avocats de l'acteur, cette tactique a pour but de décourager les abus potentiels en brandissant la menace claire de poursuites devant un tribunal fédéral.

Comme l'a expliqué l'un de ses conseillers, Jonathan Pollack : « Dans un monde où nous regardons tout le monde se démener pour savoir quoi faire face à l'utilisation abusive de l'IA, nous avons maintenant un outil pour stopper quelqu'un net ou le traduire en justice. » C'est une manière de tester les limites du droit actuel et de forcer une clarification.

Un acteur engagé mais pas anti-technologie

Loin d'être un technophobe, Matthew McConaughey cherche avant tout à encadrer l'usage de son identité numérique. Son objectif est de s'assurer que « lorsque ma voix ou mon image est utilisée, c'est parce que je l'ai approuvé et signé ».

Le consentement et la juste attribution sont au cœur de sa démarche. Pour preuve, l'acteur est lui-même investisseur et partenaire de la société d'IA vocale ElevenLabs, avec qui il collabore pour des projets contrôlés.

Ce partenariat avec la start-up ElevenLabs pour créer une version espagnole de sa newsletter avec une version IA de sa voix illustre parfaitement sa vision : utiliser la technologie, mais en gardant le contrôle total.

En agissant de la sorte, McConaughey se positionne en pionnier dans la protection des artistes à l'ère numérique. Sa démarche pourrait bien créer une jurisprudence et inspirer d'autres personnalités à bâtir leur propre forteresse légale, dessinant peut-être la nouvelle norme de la propriété intellectuelle face à l'IA.