L'investisseur Michael Burry, dont l'histoire a été popularisée par le film « The Big Short », a officiellement révélé une position baissière contre Oracle. Par le biais d'options de vente (put options) et en vendant directement le titre à découvert au cours des six derniers mois, il mise sur une dépréciation de l'action de l'entreprise.

Cette décision s'inscrit dans une méfiance plus large de sa part vis-à-vis de certains acteurs de la tech portés par la vague de l'IA, après avoir déjà pris des positions similaires contre Nvidia et Palantir.

Une stratégie cloud jugée trop agressive ?

Au cœur des préoccupations de Burry se trouve l'expansion massive d'Oracle dans les services de cloud computing. Cette ambition a nécessité des investissements colossaux pour construire des data centers, financés en grande partie par l'emprunt.

L'entreprise cumule ainsi une dette colossale de près de 95 milliards de dollars, ce qui en fait l'un des plus grands émetteurs de dette hors secteur financier. Cette situation financière tendue suscite des interrogations sur la viabilité à long terme de sa stratégie.

Michael Burry questionne ouvertement les motivations derrière cette fuite en avant. « Je n'aime pas son positionnement ni les investissements qu'elle réalise », a-t-il écrit, ajoutant : « Elle n'avait pas besoin de faire ce qu'elle fait, et je ne sais pas pourquoi elle le fait. Peut-être l'ego ».

Cette critique suggère que les décisions de l'entreprise pourraient être davantage guidées par l'orgueil que par une logique économique rigoureuse, un facteur de risque non négligeable pour les investisseurs.

Le paradoxe du contrat avec OpenAI

Ironiquement, la stratégie d'Oracle a récemment été marquée par une annonce majeure : un accord de 300 milliards de dollars sur cinq ans avec OpenAI. Dans le cadre de ce contrat, le créateur de ChatGPT s'engage à acheter de la puissance de calcul auprès d'Oracle à partir de 2027.

Ce partenariat représente sur le papier une victoire significative pour Oracle sur le marché très concurrentiel du cloud, mais il n'est pas sans contreparties.

En effet, cet accord colossal entraîne des risques d'exécution et des exigences en capital considérables qui pèsent sur les finances déjà tendues de l'entreprise.

L'action d'Oracle a d'ailleurs connu une forte volatilité, grimpant après des prévisions optimistes pour son activité cloud avant de retomber, les investisseurs s'inquiétant de l'augmentation des dépenses et de l'endettement. L'évolution du marché et les incertitudes semblent tempérer l'enthousiasme initial autour de l'intelligence artificielle.

Pourquoi Oracle et pas les autres géants de la tech ?

La démarche de Michael Burry est d'autant plus intéressante qu'il a explicitement déclaré éviter de prendre des positions vendeuses contre d'autres mastodontes de la tech comme Meta, Alphabet ou Microsoft.

La raison est simple : leurs modèles économiques diversifiés les rendent moins vulnérables. « Si je shorte Meta, je shorte aussi sa domination sur les réseaux sociaux et la publicité. Si je shorte Alphabet, je shorte Google Search sous toutes ses formes », explique-t-il.

Selon lui, ces géants ne sont pas des « paris purs » sur l'IA. Même s'ils devaient réduire leurs dépenses dans ce domaine et accuser des pertes, leur activité principale resterait dominante.

Oracle, en revanche, semble représenter un pari concentré et donc plus risqué aux yeux de Burry. Sa méfiance générale envers la valorisation de l'écosystème IA est palpable, affirmant qu'il shorterait OpenAI si l'entreprise était valorisée à 500 milliards de dollars, un signe de son scepticisme face à ce qui pourrait ne pas reposer sur des bases aussi solides que vantées.