Le consensus scientifique se fissure. Des études autrefois fracassantes, annonçant la présence de fragments de plastique jusque dans nos organes les plus protégés, sont aujourd'hui sur la sellette.

Des chercheurs de renom, notamment de l'Université Vrije d'Amsterdam et du Helmholtz Centre for Environmental Research, appellent à la prudence. Selon eux, la course à la publication a parfois mené à des conclusions hâtives, basées sur des protocoles qui méritent d'être sérieusement réévalués.

Pourquoi les études sur les microplastiques sont-elles contestées ?

Le doute s'installe principalement autour des méthodes de détection. Identifier des particules nanoscopiques de plastique au sein de tissus biologiques est une tâche d'une extrême complexité. Le premier écueil est le risque omniprésent de contamination des échantillons, l'air des laboratoires étant lui-même chargé de plastiques. Des contrôles drastiques, comme l'analyse d'échantillons "à blanc", n'auraient pas toujours été rigoureusement appliqués.

Plusieurs études très médiatisées, dont une publiée dans la prestigieuse revue Nature Medicine, ont ainsi été officiellement épinglées pour leurs "défis méthodologiques". L'idée d'une accumulation rapide de plastique dans le cerveau est particulièrement remise en question, certains scientifiques qualifiant même ces travaux de "plaisanterie" en raison de possibles interférences analytiques.

La méthode de détection est-elle vraiment le problème ?

Oui, et une technique en particulier est dans le viseur : la pyrolyse-chromatographie en phase gazeuse-spectrométrie de masse (Py-GC-MS). Ce procédé consiste à chauffer un échantillon jusqu'à sa décomposition pour en analyser les fragments chimiques. Or, des critiques comme la chimiste environnementale Cassandra Rauert soutiennent que cette méthode n'est pas adaptée pour certains plastiques comme le polyéthylène, car les graisses humaines, en se décomposant, peuvent produire des signaux chimiques quasi identiques.

Le cerveau humain étant composé à environ 60 % de lipides, le risque de confondre du tissu naturel avec de la pollution plastique est immense. Cette interférence majeure pourrait expliquer les concentrations anormalement élevées rapportées dans certaines analyses. Le risque de contamination et de faux positifs jette un voile de suspicion sur une partie significative de la recherche menée jusqu'à présent.

Quelles sont les conséquences de cette incertitude scientifique ?

Cette controverse a des implications profondes. D'une part, elle alimente une panique médiatique et une anxiété publique qui peuvent mener à des comportements irrationnels, comme des "cures de détox" coûteuses et sans fondement scientifique. La perception du danger réel est faussée, alors que le niveau de risque pour la santé humaine reste très incertain.

D'autre part, des études aux résultats peu robustes pourraient être instrumentalisées par les lobbies de l'industrie plastique pour discréditer l'ensemble des recherches sur le sujet. La communauté scientifique insiste donc sur l'urgence d'établir des normes rigoureuses et des protocoles d'analyse validés. Si la présence de microplastiques dans le corps est une quasi-certitude, en déterminer la quantité et la toxicité exactes exige une science irréprochable.

Foire Aux Questions (FAQ)

Quel est le principal problème des recherches actuelles sur les microplastiques ?

Le principal problème réside dans les failles méthodologiques. Le risque de contamination des échantillons en laboratoire est très élevé et les techniques d'analyse, comme la Py-GC-MS, peuvent générer des "faux positifs" en confondant les graisses naturelles du corps avec des particules de plastique comme le polyéthylène.

Y a-t-il donc zéro plastique dans nos organes ?

Non, les scientifiques s'accordent à dire que nous ingérons et inhalons des microplastiques et qu'ils sont probablement présents dans notre corps. Cependant, la quantité exacte, leur lieu d'accumulation et surtout le danger réel qu'ils représentent sont aujourd'hui très incertains et les chiffres alarmants avancés par certaines études sont fortement contestés.

Comment puis-je réduire mon exposition par précaution ?

Des gestes simples peuvent aider à limiter l'exposition. Il est conseillé de bien ventiler son domicile, d'éviter de chauffer des aliments ou des boissons dans des contenants en plastique, et de privilégier l'eau filtrée. Ces précautions relèvent du bon sens en attendant des données scientifiques plus solides.