La start-up nucléaire Naarea est au bord de la liquidation judiciaire après le retrait soudain de l'offre de son unique repreneur, le groupe Eneris.
Annoncée à la veille d'une audience cruciale, cette décision met en péril un projet phare de mini-réacteurs français, soutenu par le plan France 2030, et jette une ombre sur la viabilité économique de toute la filière innovante.
Un espoir de sauvetage qui s'évanouit
Placée en Naarea était en effet en redressement judiciaire depuis le 3 septembre, plombée par une dette de 15 millions d'euros malgré des levées de fonds successives totalisant 90 millions, dont 10 millions d'argent public via le plan France 2030.
Fondée en 2020, la jeune pousse incarnait une ambition forte : développer un réacteur nucléaire de quatrième génération à sels fondus et neutrons rapides, capable de valoriser les combustibles usés.
L'offre de reprise formulée par le groupe Eneris représentait donc la seule et unique bouée de sauvetage. Le projet, qui avait reçu l'aval de Bercy, prévoyait un investissement conséquent et la sauvegarde de 107 emplois sur environ 170, principalement des ingénieurs.
Le plan de reprise semblait solide, assurant une continuité pour les brevets et une partie de l'expertise accumulée.
La décision soudaine et inexpliquée d'Eneris
Le candidat en question, le groupe polonais et luxembourgeois Eneris, a informé le tribunal de Nanterre du retrait de son offre ce mercredi 14 janvier, à quelques heures seulement de l'audience qui devait sceller le sort de la start-up.
Cette annonce brutale a été faite par communiqué, la société justifiant sa décision par courrier au tribunal mais se gardant de fournir des explications publiques.
Cette volte-face est d'autant plus surprenante que l'offre était détaillée : un financement immédiat de 5,5 millions d'euros, un budget initial de 21 millions pour 2026 et la reprise de 65 % de l'effectif.
L'absence de justification publique laisse le champ libre aux spéculations et plonge les salariés et l'écosystème dans la plus grande incertitude.
L'avenir incertain de toute une filière
Au-delà du drame social et industriel pour Naarea, c'est toute la filière française des mini-réacteurs (SMR et AMR) qui accuse le coup. L'échec de cette reprise met en lumière la fragilité d'un secteur stratégique mais extrêmement gourmand en capitaux.
Ces technologies, pourtant essentielles pour produire électricité et chaleur décarbonée, peinent à attirer les financements privés nécessaires pour passer de la R&D à l'industrialisation.
Comme d'autres pépites du secteur, Naarea attendait un « signal de l'État » sous la forme d'un soutien financier accru pour rassurer les investisseurs. Cet épisode pourrait bien être un avertissement pour d'autres acteurs, comme Newcleo, qui connaîtrait aussi des difficultés de trésorerie.
La question reste donc ouverte : la France a-t-elle réellement les moyens de mener à terme les ambitions de ses nombreuses start-up nucléaires sans une consolidation drastique du secteur ?