Dans un geste qui surprend le monde de la tech, la NASA s'intéresse de très près à un outil bien connu des passionnés de jeux vidéo sur PC. Le centre de recherche Langley de l'agence a initié les démarches administratives pour intégrer CapFrameX, un utilitaire gratuit et open-source, à ses systèmes. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, l'initiative vient bien de l'agence elle-même, une information confirmée par les développeurs du logiciel. Ce rapprochement illustre une approche pragmatique : chercher l'outil le plus performant, quelle que soit son origine.

Pourquoi une telle précision est-elle indispensable ?

L'enjeu derrière cette démarche est critique. La NASA forme ses pilotes sur des simulateurs d'une complexité inouïe, notamment pour des projets d'avant-garde comme l'avion expérimental supersonique X-59. Ces machines, parfois montées sur des vérins hydrauliques pour recréer les mouvements, exigent une perfection visuelle absolue. La moindre chute de FPS (images par seconde) ou le plus petit stuttering (micro-saccade) pourrait fausser la perception d'un pilote lors d'une manœuvre d'urgence.

simulateur de vol NASA

Crédits : NASA Armstrong Flight Research Center / YouTube (capture d'écran Tom's Hardware)

Dans ce contexte, la fluidité n'est pas un confort, mais une condition essentielle à la fiabilité de la formation. Les pilotes doivent développer une mémoire musculaire et des réflexes basés sur un environnement virtuel parfaitement stable. Garantir cette stabilité est donc une priorité absolue pour les ingénieurs de la NASA, qui cherchent à éliminer toute imperfection technique susceptible de compromettre un entraînement de plusieurs millions de dollars.

Qu'est-ce que CapFrameX peut réellement apporter ?

CapFrameX n'est pas destiné à piloter les engins, mais à jouer un rôle d'auditeur technique de haute volée. Ce logiciel, basé sur le projet open-source PresentMon d'Intel, est réputé pour sa capacité à analyser les performances graphiques avec une précision chirurgicale. Il permet de capturer des données essentielles comme les temps de rendu de chaque image (frametimes), la latence et la stabilité globale du taux de rafraîchissement.

Pour les ingénieurs de Langley, c'est l'outil idéal pour diagnostiquer et valider la stabilité du rendu visuel des systèmes d'affichage. Avant d'être déployé, CapFrameX doit cependant passer le rigoureux processus d'approbation gouvernemental américain. Cette étape garantira que l'utilitaire respecte les standards de sécurité et de fiabilité de l'agence pour des applications aussi sensibles que la formation des futurs pilotes d'essais.

CapFrameX

Si CapFrameX surveille le CPU et le GPU, la NASA cible surtout le Frametime et le 1% Percentile. Ces données révèlent les micro-saccades invisibles, garantissant la fluidité absolue nécessaire aux réflexes et à la mémoire musculaire des pilotes en simulateur.
Crédits : CapFrameX

Quelle est la portée de cette collaboration inattendue ?

Cette initiative est un signal fort envoyé à la communauté open-source. Elle démontre que des outils développés par et pour des passionnés peuvent atteindre un niveau de maturité et de précision suffisant pour intéresser les plus grandes institutions scientifiques mondiales. Loin de l'image de logiciels propriétaires développés en secret, la NASA prouve qu'elle sait aussi se tourner vers des solutions existantes, accessibles et éprouvées.

Pour les développeurs de CapFrameX, c'est une consécration et une validation technique exceptionnelle. Voir son travail examiné pour des applications aérospatiales critiques est une reconnaissance rare. Si la procédure aboutit, elle pourrait ouvrir la voie à d'autres collaborations entre le monde du logiciel libre et des secteurs de pointe, prouvant que l'innovation n'est pas toujours une question de budget, mais souvent une question de compétence et de rigueur.

Source : Tom's Hardware