L'US Navy accélère l'intégration des drones de combat. Grâce à des simulateurs ultra-réalistes, les pilotes de F-35 apprennent un nouveau métier : celui de commandant de mission, orchestrant des « loyal wingmen » autonomes via des tablettes tactiles. Une mutation tactique majeure pour préparer les conflits de demain et redéfinir la suprématie aérienne.

 C'est la transformation silencieuse qui se joue au sein de l'US Navy, où des pilotes d'élite s'entraînent non pas à voler, mais à diriger des escadrons d'aéronefs sans pilote.

Récemment, au sein du Joint Simulation Environment (JSE) dans le Maryland, des aviateurs ont validé une étape clé : commander plusieurs drones simultanément depuis un cockpit simulé de F-35, le tout à l'aide de simples tablettes tactiles.

Un héritage tactique à réinventer

L'histoire militaire est parsemée d'exemples où une nouvelle technologie a été déployée sans la doctrine adéquate pour l'exploiter. Au début de la Première Guerre mondiale, les aviateurs se contentaient de missions de reconnaissance, s'attaquant parfois à coups de briques, faute de savoir comment transformer leur appareil en arme.

Il a fallu des mois d'expérimentations hasardeuses pour développer les premières tactiques de combat aérien. C'est ce faux pas historique que l'US Navy veut à tout prix éviter avec l'arrivée massive des drones de combat.

Loin d'être de simples avions télécommandés, ces appareils possèdent leurs propres forces et faiblesses, et leur intégration impose de repenser toute l'organisation des opérations.

Boeing MQ-28 Ghost Bat

Alors que l'Air Force adopte une approche plus progressive, la Navy mise d'emblée sur des plateformes multi-rôles, capables d'attaques de surface comme de renseignement, afin de combler les lacunes de portée de ses groupes aéronavals.

Une nouvelle doctrine est donc indispensable avant même que ces appareils ne soient pleinement opérationnels.

Le simulateur, creuset de la guerre future

Pour forger ces nouvelles stratégies, la marine américaine s'appuie sur le Joint Simulation Environment (JSE). Simulateur de vol mais pas seulement, cet outil est un véritable jumeau numérique des espaces aériens contestés.

Il permet aux pilotes de réaliser en une semaine un nombre de sorties équivalent à une année d'entraînement réel, sans pour autant sacrifier le réalisme. Au contraire, la simulation surpasse la réalité en recréant une densité de menaces (guerre électronique, missiles sol-air) que les polygones de tir actuels peinent à reproduire.

Drone Gambit 6

Cette plateforme permet aussi d'intégrer virtuellement d'autres appareils cruciaux comme l'avion de guet aérien E-2D Advanced Hawkeye, capable de gérer des essaims de drones dans le cadre d'une offensive unifiée.

« La guerre moderne exige davantage de nos aviateurs », a souligné le contre-amiral Todd Evans, commandant du NAWCAD. « Cette étape démontre l'impact du JSE pour les équiper des tactiques avancées dont ils ont besoin pour gagner les batailles futures. »

Le pilote, de combattant à commandant de mission

Le changement de paradigme est total : le pilote de chasse évolue pour devenir un commandant de mission. Il ne s'agit plus de piloter les drones à distance, mais de leur assigner des objectifs généraux, comme « supprimer les défenses aériennes » ou « effectuer une reconnaissance ».

L'intelligence artificielle embarquée se charge ensuite de l'exécution. Ces drones, bien moins coûteux qu'un avion piloté, agissent comme des multiplicateurs de force, envoyés en première ligne pour saturer les défenses et recueillir des données, tandis que le chasseur reste en retrait, discret et prêt à frapper des cibles à très haute valeur.

Dans ce schéma, l'avion F-35 est indispensable, car il est pour le moment le seul à posséder les systèmes avancés pour fonctionner comme un nœud de commandement et de contrôle, capable de traiter des quantités massives de données en temps réel et sans latence.

Surtout, il garantit la présence d'un « humain dans la boucle », une exigence cruciale pour prendre des décisions létales en une fraction de seconde dans un environnement en constante évolution. Car quand les drones entreront en service, il n'y aura aucune place pour l'improvisation.