C'est une tradition : régulièrement, les équipes de la NASA nous gratifient de clichés qui dépassent le simple cadre scientifique pour toucher à l'artistique. La dernière en date, capturée par le rover Curiosity, est une véritable prouesse technique.

Le cliché a été assemblé à partir de deux séries d'images panoramiques en noir et blanc, prises par les caméras de navigation du robot. La première session a eu lieu le 18 novembre 2025 à 16h15, heure martienne locale, lors du sol 4 722 de la mission. La seconde a été réalisée le lendemain matin, à 8h20, au sol 4 723.

Comment cette image unique a-t-elle été créée ?

Le processus derrière cette "carte postale" est aussi fascinant que le résultat final. Les ingénieurs du Jet Propulsion Laboratory (JPL) ont fusionné les deux panoramas circulaires pour créer une seule image. Mais la véritable magie opère avec l'ajout de la couleur. Pour interpréter artistiquement la scène et mettre en évidence les variations de lumière, une teinte bleue a été appliquée à la scène matinale et une teinte jaune à la vue de l'après-midi. Cette technique n'est pas une première, des clichés similaires ayant déjà été produits en 2021 et 2023.

Mars panorama Curiosity

L'objectif de cette colorisation est double. D'une part, elle illustre de manière saisissante la façon dont la lumière solaire fluctue au cours d'une journée sur Mars, révélant des détails subtils dans les roches et le sol qui seraient sinon invisibles. D'autre part, elle transforme un ensemble de données brutes en une œuvre visuelle puissante, rendant l'exploration spatiale plus accessible et inspirante pour le grand public.

Que nous révèle ce nouveau panorama martien ?

L'image nous transporte sur une crête surplombant une région nommée la "formation boxwork". Ces structures géologiques complexes sont des réseaux de crêtes minérales laissées par l'écoulement d'eau souterraine dans les fissures de la roche il y a des milliards d'années. Le robot Curiosity se trouve ici sur les contreforts du Mont Sharp, une montagne de 5 kilomètres de haut située au centre du cratère Gale, que le rover gravit méthodiquement depuis 2014.

curiosity-selfie

Le panorama est riche en détails. On peut y voir les traces de roues du rover s'étirant au loin, marquant sa progression lente mais déterminée. Le cliché a été pris près d'un site de forage baptisé "Nevado Sajama", où un échantillon de roche a été prélevé. Au loin, à environ 40 kilomètres, on distingue le bord du cratère Gale, un rappel puissant de l'immensité de cet ancien site d'impact.

Quelle est l'importance scientifique de cette mission ?

Au-delà de la beauté de l'image, la mission de Curiosity continue de livrer des données scientifiques précieuses. L'étude des formations boxwork est capitale car elles préservent des preuves de l'activité de l'eau et des conditions environnementales changeantes sur l'ancienne Mars. En analysant la chimie des roches et les veines minérales, les scientifiques reconstituent l'histoire du passé aquatique de la planète rouge et cherchent à savoir si ces environnements auraient pu abriter une vie microbienne.

Curiosity SAM forage analyse acides gras

Après plus de treize ans sur Mars et plus de 32 kilomètres parcourus, Curiosity prouve sa robustesse et son efficacité. La mission bénéficie de nouvelles capacités d'autonomie, permettant au rover de mener des observations tout en communiquant avec les orbiteurs. Cette optimisation maximise le rendement scientifique de sa source d'énergie nucléaire vieillissante, assurant que Mars a encore de nombreuses histoires à nous raconter.

Foire Aux Questions (FAQ)

Qu'est-ce qu'une "formation boxwork" ?

Il s'agit de réseaux de crêtes minérales qui se sont formées il y a des milliards d'années lorsque de l'eau s'est infiltrée dans les fissures des roches. Après l'évaporation de l'eau, les minéraux durcis sont restés. L'érosion a ensuite usé la roche plus tendre autour, exposant ces structures en relief que Curiosity étudie aujourd'hui.

Depuis combien de temps le rover Curiosity est-il sur Mars ?

Le rover Curiosity a atterri sur Mars en août 2012. Il explore la planète rouge, et plus particulièrement le cratère Gale et le Mont Sharp, depuis plus de treize ans, dépassant de loin la durée de sa mission initiale.

Pourquoi ajouter de la fausse couleur aux images ?

La couleur est ajoutée pour une interprétation artistique et pour aider les scientifiques à mieux visualiser les détails du paysage. Dans ce cas précis, le bleu (matin) et le jaune (après-midi) mettent en évidence les changements d'éclairage et font ressortir différentes textures géologiques qui ne seraient pas aussi apparentes sur une image en noir et blanc.