Dans une interview très attendue, le président de Nintendo, Shuntaro Furukawa, a mis des mots sur les inquiétudes qui animent l'industrie du jeu vidéo. La rentabilité de la prochaine console de la firme japonaise est suspendue à plusieurs facteurs économiques instables, notamment la flambée des prix des composants et les taxes douanières. Si pour l'instant, aucune hausse de prix n'est officiellement au programme pour le lancement, le discours du dirigeant laisse la porte ouverte à des ajustements futurs, une fois les stocks initiaux écoulés.

Pourquoi la mémoire RAM est-elle au cœur des préoccupations ?

Le principal coupable de cette tension est le marché de la mémoire RAM, devenu extrêmement volatil. L'explosion des besoins pour les centres de données dédiés à l'intelligence artificielle a créé un appel d'air colossal. Ces géants de la tech absorbent des quantités astronomiques de composants, provoquant une pénurie mondiale qui laisse les autres secteurs, dont le jeu vidéo, sur le banc de touche. Les fournisseurs privilégient logiquement leurs clients les plus lucratifs.

Switch_2

Face à cette situation, Nintendo a mis en place une stratégie d'anticipation. Shuntaro Furukawa a confirmé s'être approvisionné sur la base de plans à moyen et long terme, sécurisant ainsi suffisamment de stocks de composants pour assurer le lancement et les premiers mois de commercialisation de la console sans impact direct. Il s'agit cependant d'un sursis temporaire, car ces réserves ne sont pas infinies et la firme devra inévitablement retourner sur un marché aux prix durablement gonflés.

Quel est l'impact des tensions commerciales sur le prix de la console ?

La crise des composants n'est pas le seul casse-tête pour la firme de Kyoto. Les tensions géopolitiques ajoutent une couche de complexité, notamment les tarifs douaniers imposés par certains pays comme les États-Unis. Ces taxes, que Furukawa qualifie de « coût », ont déjà eu un impact négatif de plusieurs dizaines de milliards de yens sur les résultats financiers de Nintendo lors du dernier exercice fiscal.

Le dirigeant adopte une politique pragmatique et transparente sur ce point. La ligne directrice est claire : considérer ces droits de douane comme un surcoût et les répercuter autant que possible sur les prix finaux, et ce, pas uniquement sur le marché américain. L'enjeu est de trouver un équilibre délicat entre la nécessité de maintenir des tarifs attractifs pour assurer l'adoption de la nouvelle console et celle de préserver la rentabilité de l'entreprise.

Nintendo Switch 2 dock Mario Kart

Une hausse du prix de la Switch 2 est-elle donc inévitable ?

Interrogé directement sur une augmentation tarifaire de la Switch 2, Shuntaro Furukawa a botté en touche, refusant de commenter une « hypothèse ». Cette réponse évasive est toutefois révélatrice de la situation. En ne fermant aucune porte, la direction garde toutes les options ouvertes plutôt que de faire une promesse qui pourrait s'avérer intenable si les conditions de marché continuent de se dégrader.

Ce ne serait pas une première pour l'entreprise, qui a déjà démontré sa capacité à ajuster ses prix. Un précédent significatif a été établi avec la première Switch, dont les tarifs ont été revus à la hausse aux États-Unis pour compenser les aléas économiques. Les accessoires de la Switch 2 ont d'ailleurs déjà subi une augmentation. Nintendo n'a donc pas peur de prendre des mesures impopulaires quand la situation l'exige, et la fenêtre d'achat pourrait se refermer plus vite que prévu pour les joueurs espérant acquérir la console à son prix de lancement.