Face à l'appétit énergétique de l'intelligence artificielle, une entreprise texane propose une solution radicale : recycler les réacteurs de porte-avions de l'US Navy pour alimenter les centres de données.
Le projet, bien que prometteur pour sa rapidité et son coût, soulève d'immenses défis réglementaires et sécuritaires liés à l'utilisation d'uranium hautement enrichi.
L'intelligence artificielle est en passe de redéfinir notre monde, mais cette avancée a un coût énergétique colossal. La demande en électricité des centres de données explose, menaçant de saturer les réseaux électriques mondiaux.
Cette réalité pousse les géants de la tech à chercher des sources d'énergie stables, indépendantes et disponibles 24/7, loin des intermittences de certaines productions.
Transformer les épées en serveurs
C'est dans ce contexte de tension énergétique que la société texane HGP Intelligent Energy a présenté une proposition audacieuse au gouvernement américain.
L'idée : réutiliser des réacteurs nucléaires navals pour fournir une puissance constante et fiable. Plutôt que de construire de nouvelles centrales à partir de zéro, un processus long et extrêmement coûteux, le projet vise à adapter des réacteurs déjà éprouvés par des décennies de service en mer.
Le plan consiste à installer deux de ces unités modifiées dans une nouvelle centrale terrestre, capable de générer jusqu'à 520 MW. Le premier site de démonstration est envisagé au sein du prestigieux Oak Ridge National Laboratory dans le Tennessee, un lieu historiquement lié à la recherche nucléaire américaine.
Un raccourci réglementaire et économique ?
Le principal avantage de cette approche est double : le coût et la rapidité. Un projet de ce type est estimé entre 1,8 et 2,1 milliards de dollars, une somme bien inférieure à celle d'une centrale civile classique. De plus, les réacteurs navals bénéficient d'une conception éprouvée depuis plus de 70 ans, avec une chaîne d'approvisionnement déjà existante.
HGP Intelligent Energy espère également contourner une partie du labyrinthe réglementaire. Alors que les réacteurs civils dépendent de la Nuclear Regulatory Commission (NRC) et de ses longs délais, les réacteurs navals sont supervisés par le Département de l'Énergie (DOE) et l'US Navy.
Cette filière pourrait ouvrir la voie à une licence hybride accélérée, notamment pour des unités comme celles du porte-avions USS Nimitz, souvent cité comme premier candidat.
Le secret militaire, un obstacle de taille
Cependant, le projet se heurte à un mur de complexité. Les réacteurs navals sont fondamentalement différents de leurs homologues civils. Conçus pour la propulsion de navires de guerre, ils utilisent de l'uranium hautement enrichi (HEU) à 93 %, une matière de qualité militaire.
Cet HEU constitue un risque majeur de prolifération, car il pourrait être détourné pour fabriquer une arme nucléaire. Une conversion vers un combustible civil est envisagée, mais pas avant 2030.
En attendant, la sécurité du site serait un enjeu critique, inaccessible aux employés classiques des centres de données. La proposition teste donc la capacité du gouvernement à concilier ses impératifs de souveraineté technologique avec ses engagements de non-prolifération, une synergie audacieuse dont l'issue reste incertaine.