Une lettre envoyée par John Moolenaar, président du comité de la Chambre des représentants sur la Chine, met directement en cause le géant des semi-conducteurs. Sur la base de documents internes, le parlementaire affirme que Nvidia a apporté une assistance technique décisive à l'entreprise chinoise DeepSeek en 2024, bien avant que les liens de cette dernière avec l'appareil militaire ne soient suspectés.
Quelle a été la nature de l'aide fournie par Nvidia ?
L'aide n'était pas anodine. Selon les documents cités, les équipes de NVIDIA ont collaboré étroitement avec DeepSeek pour un "co-design optimisé des algorithmes, des frameworks et du matériel". Cette optimisation a permis des gains d'efficacité majeurs dans l'entraînement des modèles d'intelligence artificielle.
Le résultat est spectaculaire : le modèle DeepSeek-V3 n'a nécessité que 2,788 millions d'heures-GPU sur des puces NVIDIA H800. C'est une performance bien supérieure à celle des concurrents américains, qui requièrent généralement beaucoup plus de ressources pour des modèles de pointe équivalents. Cette percée avait d'ailleurs secoué les marchés, démontrant la capacité de la Chine à rivaliser avec les États-Unis malgré les restrictions.
Pourquoi cette collaboration est-elle si problématique ?
Le cœur du problème réside dans l'identité du bénéficiaire final. Si, au moment de la collaboration, DeepSeek était considéré comme un partenaire commercial légitime, des rapports ultérieurs, notamment de l'agence Reuters, ont indiqué que l'entreprise soutiendrait les efforts de l'armée chinoise. Cette collaboration soulève donc de sérieuses questions sur l'efficacité des restrictions à l'exportation américaines visant à freiner les ambitions militaires de Pékin.
Ironiquement, la puce utilisée, la H800, avait été spécifiquement conçue par Nvidia pour le marché chinois afin de contourner une première vague de sanctions. Elle a depuis été interdite à la vente en 2023. La situation met en lumière le défi immense que représente le contrôle de l'utilisation finale des technologies sensibles et l'enjeu de sécurité nationale qui en découle.
Comment Nvidia se défend-il face à ces accusations ?
Nvidia se défend vigoureusement de toute implication dans le renforcement militaire chinois. L'entreprise a déclaré qu'il serait "insensé pour l'armée chinoise de dépendre de la technologie américaine", affirmant que la Chine dispose de suffisamment de puces nationales pour ses applications militaires. Le représentant Moolenaar, lui, reste sceptique.
Il estime que de telles assurances risquent de devenir des "superficialités protocolaires" et que les ventes de puces à des entités chinoises, même civiles en apparence, finiront "inévitablement" par violer les restrictions d'usage militaire. Cette affaire relance le débat houleux sur les ventes de technologies de pointe à la Chine, alors même que l'administration américaine a récemment autorisé la vente de puces H200, plus puissantes, ce qui met en péril le leadership américain en matière d'intelligence artificielle.
Foire Aux Questions (FAQ)
Qu'est-ce que DeepSeek ?
DeepSeek est une entreprise chinoise spécialisée dans l'intelligence artificielle. Elle a fait les gros titres en développant des modèles d'IA très performants, capables de rivaliser avec les meilleures offres américaines (OpenAI, Google), mais en utilisant beaucoup moins de puissance de calcul, en partie grâce à l'optimisation réalisée avec Nvidia.
Nvidia a-t-il sciemment aidé l'armée chinoise ?
Non. La lettre du représentant Moolenaar précise bien qu'au moment de la collaboration technique en 2024, il n'y avait aucune preuve publique liant DeepSeek à des applications militaires. Nvidia a donc traité l'entreprise comme un partenaire commercial standard, lui fournissant le support technique habituel.
Quelles sont les conséquences pour les ventes de puces en Chine ?
Cette affaire va très probablement entraîner un renforcement des contrôles et de la surveillance. John Moolenaar appelle à des "restrictions de licence rigoureuses" et à une application stricte des règles pour éviter que la technologie américaine ne se retrouve entre de mauvaises mains. Le débat sur la pertinence de vendre des puces avancées à la Chine, même à des entités prétendument civiles, est plus vif que jamais.