Chaque année, le rendez-vous du Forum Économique Mondial à Davos en Suisse met en lumière les grandes orientations de l'économie globale.

Et chaque année, comme un contrepoint nécessaire, l'ONG Oxfam publie son rapport sur les inégalités, dressant un état des lieux souvent alarmant de la répartition des richesses sur la planète.

L'édition 2026 ne fait pas exception, bien au contraire, en soulignant une tendance de fond qui s'accélère dangereusement et crée des liens problématiques avec la sphère politique.

Une concentration de richesses aux proportions inédites

Les chiffres présentés par l'organisation ont de quoi donner le vertige. Pour la première fois de l'histoire, le monde compte plus de 3 000 milliardaires.

Collectivement, leur fortune a atteint un pic historique de 18 300 milliards de dollars, marquant une augmentation spectaculaire de 81 % depuis 2020. Cette accumulation de capital au sommet de la pyramide économique a connu une accélération notable, faisant des dernières années une « décennie faste pour les milliardaires » selon les termes du rapport.

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Pendant que cette élite voit ses actifs enfler, le reste de la population mondiale ne profite pas de cet accroissement de richesse. Le rapport souligne une quasi-stagnation de la lutte contre la pauvreté, avec des niveaux qui peinent à descendre sous ceux de 2019.

Pour mettre ces chiffres en perspective, Oxfam calcule que la richesse accumulée par les milliardaires depuis 2020 serait suffisante pour éradiquer la pauvreté mondiale plus de 26 fois. C'est un fossé grandissant qui ne se mesure plus seulement en dollars, mais aussi en opportunités et en dignité.

Quand l'argent achète le pouvoir et la parole

Au-delà de l'aspect purement financier, le rapport met en lumière une conséquence peut-être plus insidieuse : la conversion de cette fortune colossale en pouvoir politique.

Selon les recherches d'Oxfam, un milliardaire aurait 4 000 fois plus de chances d'occuper une fonction politique qu'un citoyen ordinaire. Cette influence politique démesurée se traduit concrètement dans les processus législatifs, où une politique soutenue par les riches aurait 45 % de chances d'être adoptée, contre seulement 18 % si elle leur est défavorable.

Les leviers de décision semblent ainsi de plus en plus accessibles à ceux qui peuvent se les offrir.

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Cette emprise s'étend également à la sphère publique et médiatique. Le rapport cite des exemples emblématiques du contrôle des médias par des fortunes immenses : le rachat de la plateforme X par Elon Musk, l'acquisition du Washington Post par Jeff Bezos ou encore la mainmise de Vincent Bolloré sur CNews en France.

En possédant les canaux de diffusion de l'information, une poignée d'individus peut façonner le débat public et orienter les opinions, créant ce que l'ONG qualifie de « déficit politique hautement dangereux et insoutenable ».

De la crise économique à la colère sociale

Cette double concentration, économique et politique, n'est pas sans conséquences sur le climat social. L'année passée a été marquée par une colère sociale grandissante, avec plus de 140 manifestations anti-gouvernementales d'envergure recensées dans 68 pays.

Ces mouvements, souvent menés par la jeunesse, dénoncent la corruption, l'austérité et la flambée du coût de la vie. Comme le résume Amitabh Behar, directeur exécutif d'Oxfam : « Être économiquement pauvre crée la faim. Être politiquement pauvre crée la colère ».

Face à cette situation, Oxfam appelle les gouvernements à agir fermement pour réduire le pouvoir des plus fortunés. Les recommandations incluent la mise en place de plans nationaux de réduction des inégalités, une taxation plus juste des ultra-riches et, surtout, la création de « pare-feux » plus solides entre la richesse et la politique.

Alors que les dirigeants mondiaux, dont près de 850 PDG, se réunissent à Davos, la question demeure : prendront-ils la mesure des défis soulevés par Oxfam ou continueront-ils à pacter avec une élite dont le pouvoir ne cesse de croître ?