La course à l'intelligence artificielle est avant tout une course à la puissance de calcul. Qui dit puissance dit énergie, et qui dit énergie dit chaleur, une chaleur intense et de plus en plus difficile à dissiper.

Les centres de données, poumons de cette nouvelle ère numérique, consacrent déjà près de 40 % de leur consommation électrique totale à leur propre refroidissement.

C'est un enjeu économique et écologique majeur qui pousse la recherche à explorer des voies radicalement nouvelles.

Le principe de l'éponge chimique

Des chercheurs de l'Académie des sciences de Chine ont mis au point un procédé qui s'appuie sur les propriétés uniques d'un sel spécifique, le thiocyanate d'ammonium, dissous dans l'eau.

Le système fonctionne sous l'effet de la pression, à la manière d'une "éponge humide". Lorsque le liquide est mis sous pression, une grande quantité de sel se dissout dans l'eau, créant une solution saturée et libérant de la chaleur.

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C'est lors de la dépressurisation que le phénomène s'inverse de façon spectaculaire. La chute de pression force le sel à se réorganiser, déclenchant une réaction endothermique massive.

Ce processus absorbe une quantité colossale de chaleur environnante en un temps record. Les expériences ont démontré une chute de température de 30°C en quelques secondes à température ambiante, et même de plus de 50°C dans des environnements plus chauds.

Une réponse aux pics de chaleur de l'IA ?

Les infrastructures dédiées à l'IA sont confrontées à un double défi thermique. Elles génèrent une chaleur continue et intense, mais subissent également des pics thermiques soudains et imprévisibles, notamment lors des phases d'entraînement des modèles qui sollicitent massivement les unités de traitement graphique (GPU).

Les systèmes de refroidissement traditionnels, comme la circulation d'eau glacée ou la climatisation, sont conçus pour une charge constante et peinent à réagir avec agilité à ces sursauts.

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Cette nouvelle technologie pourrait agir comme un tampon thermique, une sorte de condensateur de froid activable à la demande. Au lieu de surdimensionner l'ensemble du système pour gérer les pointes, il serait possible de déclencher ce processus pour absorber instantanément un pic de chaleur.

Une telle approche permettrait de lisser la charge sur les systèmes principaux et de réduire potentiellement la consommation énergétique totale, optimisant ainsi les coûts d'exploitation des data centers.

Des défis de taille avant une adoption massive

Bien que prometteuse, cette avancée n'est pas encore une solution clé en main. L'un des principaux points à considérer est la nécessité de re-pressuriser la solution une fois qu'elle a été utilisée, un processus qui consomme de l'énergie et doit être pris en compte dans le bilan énergétique global du système.

L'efficacité théorique annoncée est élevée, mais son application pratique dépendra de ce cycle de recharge.

D'autres questions demeurent en suspens avant d'envisager un déploiement à grande échelle. La nature saline de la solution soulève des interrogations sur la corrosion des matériaux avec lesquels elle serait en contact.

La stabilité à long terme du composé et la répétabilité du cycle sur des milliers d'utilisations devront être démontrées. Enfin, la viabilité économique du passage du laboratoire à l'échelle industrielle sera le juge de paix pour déterminer si cette innovation trouvera sa place dans la course effrénée à la puissance de l'IA.