La plus redoutable arme des profondeurs marines est en train de s'émousser. Une recherche percutante menée par des chercheurs allemands et publiée dans la revue Frontiers in Marine Science a récemment prouvé que l'acidification des océans, résultat direct de nos émissions de CO2, nuit et diminue la solidité des dents des requins. Cette trouvaille suscite de nouvelles préoccupations quant à la capacité de ces prédateurs indispensables à perdurer dans un milieu marin en constante évolution.

Quel est l'impact de l'acidité des océans sur les dents des requins ?

Pour le découvrir, une expérience significative a été réalisée par les chercheurs. Ils ont rassemblé des dents de requins à pointes noires, qui étaient tombées naturellement, et les ont plongées pendant huit semaines dans des aquariums représentant deux habitats : l'un reproduisant le pH de l'océan actuel (approximativement 8.1), l'autre simulant le pH prévu pour 2300 si les rejets de CO2 restent au même niveau (7.3).

Les résultats sont sans appel. Les dents placées dans l'eau plus acide ont subi deux fois plus de dommages. Les microscopes ont révélé des fissures, des trous, une corrosion avancée de la racine et même une altération du tranchant dentelé, essentiel pour déchiqueter les proies.

Pourquoi cette dégradation est-elle si préoccupante ?

Pour un requin, ses dents sont son outil de survie. À la différence des humains, ils emploient plusieurs rangées en même temps et les mettent constamment à jour. Cependant, si l'usure s'accélère au-delà du rythme de remplacement, leur efficacité de chasse pourrait être drastiquement réduite.

Une diminution de la robustesse et de l'acuité des dents pourrait entraîner une consommation d'énergie plus importante pour un apport alimentaire réduit, dans une situation déjà critique due à la surpêche qui réduit leurs provisions alimentaires. Ceci constitue un stress supplémentaire qui pourrait avoir un impact direct sur la santé des populations de requins.

Cette menace concerne-t-elle tous les prédateurs marins ?

L'étude suggère que le problème pourrait être bien plus large. Si même les dents hautement minéralisées des requins sont vulnérables, il est probable que d'autres prédateurs marins qui dépendent de leurs dents pour survivre soient également en danger.

Le changement climatique ne menace pas seulement les coraux et les coquillages ; il pourrait remonter toute la chaîne alimentaire jusqu'à ses sommets. Affaiblir les superprédateurs comme les requins, c'est risquer des effets en cascade sur l'équilibre de tous les écosystèmes marins.

Foire Aux Questions (FAQ)

Qu'est-ce que l'acidification des océans ?

L'acidification des océans se réfère à la baisse graduelle du pH des océans, générée par l'absorption approximativement d'un quart du dioxyde de carbone (CO2) que nous relâchons dans l'atmosphère. Ce processus chimique rend l'eau de mer plus corrosive, en particulier pour les organismes qui construisent des coquilles ou des squelettes calcaires.

L'étude a-t-elle été menée sur des requins vivants ?

Non, l'étude a été réalisée sur des dents naturellement perdues par des requins en aquarium. Cela a permis d'isoler les effets purement chimiques de l'acidité sur le tissu dentaire, sans prendre en compte les éventuels mécanismes biologiques de réparation ou d'adaptation que pourrait développer un animal vivant.

Les requins ne pourraient-ils pas tout simplement renouveler leurs dents plus rapidement ?

C'est une option. Il est possible que les requins s'adaptent en accélérant leur cycle de renouvellement dentaire. Toutefois, cette réaction biologique entraîne un coût énergétique. Dans un environnement où la nourriture devient de plus en plus rare, dépenser davantage d'énergie pour conserver ses dents pourrait se transformer en un désavantage considérable.