Il était considéré comme une relique des abysses, un géant quasi aveugle naviguant à l'instinct. Le requin du Groenland, connu pour sa longévité record pouvant dépasser quatre siècles, vient de livrer un de ses secrets les plus surprenants : ses yeux fonctionnent. Et ils fonctionnent bien.
Une équipe internationale de chercheurs a démontré que, malgré les parasites et l'obscurité quasi totale de son habitat, ce prédateur conserve une vision fonctionnelle tout au long de sa vie, remettant en cause des décennies de croyances scientifiques.
Comment sa vision a-t-elle pu être si sous-estimée ?
Pendant des années, le consensus scientifique était simple : le requin du Groenland n'avait pas besoin de voir. Vivant jusqu'à 3000 mètres de profondeur dans les eaux glaciales de l'Arctique, son environnement est d'une obscurité presque totale. De plus, ses yeux, de la taille d'une balle de baseball, sont très souvent colonisés par un petit crustacé parasite, l'Ommatokoita elongata, qui s'accroche directement à la cornée, la rendant opaque.
Ces deux facteurs, combinés à sa nature lente et opportuniste, semblaient confirmer une atrophie progressive de ses capacités visuelles. Pourtant, des observations plus attentives ont montré que l'animal suivait des sources lumineuses, un comportement totalement incompatible avec la cécité. C'est ce paradoxe qui a poussé les scientifiques à examiner de plus près des globes oculaires vieux de plusieurs siècles.
Quelles adaptations uniques protègent ses yeux ?
L'analyse des tissus oculaires a révélé une machinerie biologique parfaitement adaptée à son milieu. La rétine du requin est dominée par des bâtonnets, des photorécepteurs spécialisés dans la vision en basse lumière. Ces bâtonnets sont non seulement plus longs et plus denses que la norme, mais ils sont aussi optimisés pour capter la lumière bleue, la seule longueur d'onde qui pénètre les profondeurs marines.
Plus étonnant encore, les yeux de spécimens âgés de plus d'un siècle ne montraient aucun signe de dégénérescence. La clé résiderait dans un puissant mécanisme de réparation de l'ADN, impliquant notamment les gènes ERCC1 et ERCC4. Ce système de maintenance cellulaire ultra-performant protégerait les cellules de la rétine des dommages accumulés sur des centaines d'années, assurant la robustesse de son système visuel.
Quelles sont les implications pour la santé humaine ?
Cette découverte dépasse largement le cadre de la biologie marine. Comprendre comment un vertébré peut préserver son incroyable longévité et l'intégrité de sa vision ouvre des perspectives fascinantes pour la médecine humaine. Les maladies dégénératives de l'œil, comme la dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA) ou le glaucome, sont directement liées au vieillissement et à l'accumulation de dommages cellulaires.
L'étude du système de réparation ADN du requin du Groenland pourrait donc inspirer de nouvelles stratégies thérapeutiques. L'objectif : développer des traitements capables de ralentir ou même d'inverser les processus de vieillissement de la rétine humaine. Le secret de la jeunesse oculaire se cachait peut-être dans les profondeurs glaciales de l'Arctique.
Foire Aux Questions (FAQ)
Le parasite rend-il le requin complètement aveugle ?
Non. Les mesures de transmittance ont montré que malgré la présence du parasite, la cornée du requin laisse passer suffisamment de lumière, notamment dans le spectre bleu, pour que la rétine la capte. La vision est probablement altérée, mais certainement pas anéantie.
Quel âge peut atteindre le requin du Groenland ?
Des études basées sur la datation au radiocarbone du cristallin de l'œil ont estimé que certains individus peuvent vivre jusqu'à 400 ans, voire plus. Cela en fait le vertébré avec la plus grande longévité connue sur Terre.