L'entreprise Rocket Lab a franchi une étape clé avec la livraison de sa coiffe réutilisable Hungry Hippo sur son site de lancement en Virginie.
Cette pièce maîtresse du futur lanceur Neutron est désormais prête pour une série de tests décisifs, marquant une avancée concrète pour le programme malgré un calendrier de vol inaugural encore incertain.
Connue pour le succès de son micro-lanceur Electron, qui a réalisé plus de 70 lancements réussis, la société spatiale américaine s'attaque désormais au marché des charges utiles moyennes.
Elle entend développer une alternative crédible et concurrente du Falcon 9 de SpaceX. C'est dans ce contexte que s'inscrit le programme Neutron, un lanceur de nouvelle génération conçu pour être non seulement puissant, mais aussi et surtout rapidement et intégralement réutilisable.
Une pièce maîtresse arrive à bon port
Après un périple de près de deux mois par barge et camion depuis les installations de test en Californie, la coiffe du lanceur, surnommée avec humour Hungry Hippo, a finalement atteint le complexe d'assemblage et d'intégration de Rocket Lab sur Wallops Island, en Virginie.
D'une taille imposante de 14 mètres, cette structure en composite de carbone représente une étape cruciale dans la feuille de route du programme. Elle va maintenant subir une série d'inspections et de tests de qualification au sein du Launch Complex 3.
L'arrivée de cet élément est une nouvelle positive et tangible pour l'entreprise, qui a récemment dû faire face à un contretemps. Un test de pressurisation sur le réservoir principal du premier étage de Neutron s'est soldé par un échec, jetant une ombre sur la date du premier vol, initialement espérée pour 2026. La réception de la coiffe démontre cependant que les différents volets du projet continuent de progresser en parallèle.
Comment fonctionne la coiffe « Hungry Hippo » ?
L'innovation majeure de la coiffe conçue par Rocket Lab réside dans son architecture de réutilisation. Contrairement aux fusées traditionnelles dont les coiffes sont larguées en vol pour finir leur course dans l'océan, celle du Neutron est une coiffe "captive".
Elle reste solidaire du premier étage tout au long de la mission. Son mécanisme, semblable à une mâchoire ou une coquille, s'ouvre pour libérer le second étage et sa charge utile, puis se referme avant la manœuvre de retour sur Terre.
Ce design est une première mondiale pour une fusée commerciale. L'avantage est double : il élimine la complexe et coûteuse logistique de récupération en mer et simplifie considérablement les opérations au sol.
En ramenant le premier étage et sa coiffe en une seule pièce, Rocket Lab espère atteindre une cadence de lancement élevée, s'inspirant du modèle de l'aviation commerciale avec un cycle "décoller, revenir, et décoller à nouveau" optimisé pour réduire les coûts et les délais.
Neutron : un concurrent pour le Falcon 9 malgré les revers ?
Avec sa structure entièrement en composite de carbone, la fusée Neutron est conçue pour placer jusqu'à 13 000 kg de charge utile en orbite basse. Bien que sa capacité reste inférieure à celle du Falcon 9 de SpaceX (environ 22 800 kg), elle vise à offrir une solution fiable et compétitive pour le déploiement de constellations de satellites, les missions de sécurité nationale et l'exploration spatiale.
L'approche novatrice de sa coiffe réutilisable est un argument de poids dans cette stratégie.
Le chemin vers le vol inaugural reste cependant semé d'embûches. L'échec du test de pressurisation a mis en évidence les défis techniques inhérents au développement d'un lanceur de cette envergure.
Le calendrier reste donc incertain, mais la progression continue sur des composants clés comme la coiffe Hungry Hippo prouve que l'entreprise ne lâche rien.
La question demeure : quand toutes les pièces du puzzle seront-elles assemblées pour permettre à Neutron de prendre enfin son envol et de bousculer le marché du lancement spatial ?