La guerre hybride menée par la Russie pourrait bien avoir trouvé un nouveau terrain de jeu : l'espace. Alors que les tensions géopolitiques se cristallisent sur Terre, des manœuvres inquiétantes se déroulent à 36 000 kilomètres au-dessus de nos têtes. Des engins russes, officiellement civils, se livrent à un ballet orbital qui alarme les agences spatiales occidentales.
Deux satellites espions russes, Luch-1 et Luch-2, sont soupçonnés d'intercepter des signaux de satellites européens. En exploitant l'absence de chiffrement sur des appareils plus anciens, Moscou pourrait recueillir des données de commande sensibles, créant un risque de perturbation, de manipulation, voire de destruction d'infrastructures spatiales critiques pour l'Europe, rapporte le Financial Times.
Une vulnérabilité héritée du passé
Le cœur du problème réside dans une faille technologique datant de plusieurs années. De nombreux satellites européens ciblés ont été lancés sans les systèmes de chiffrement robustes qui sont aujourd'hui la norme.
Leurs données de commande, transmises depuis les stations au sol, voyagent donc en clair, accessibles à quiconque possède les capacités d'écoute adéquates.
Les manoeuvres d'approche de Luch Olymp-2 en 2024
(credit : Slingshot Aerospace)
Selon des responsables du renseignement européen, c'est précisément cette brèche que les satellites russes exploitent. En se positionnant habilement dans le faisceau étroit des transmissions de données, ils parviendraient à capter ces informations confidentielles avant qu'elles n'atteignent leur destinataire légitime.
Luch : Un "aspirateur" de données en orbite ?
Les principaux suspects sont deux satellites nommés Luch-1 et Luch-2. Depuis son lancement en 2023, Luch-2 a été observé s'approchant de près de 17 satellites européens.
Ces manœuvres, jugées risquées par les agences occidentales, ne laissent que peu de place au doute quant à leurs intentions : il s'agirait d'opérations de surveillance à grande échelle.
Même sans pouvoir déchiffrer des messages complexes, l'analyse des signaux captés offre une mine d'informations. Norbert Puzin, analyste orbital chez Aldoria, explique qu'il est possible de cartographier l'utilisation d'un satellite et de déterminer l'emplacement de ses terminaux au sol.
Ces données pourraient ensuite servir à mener des opérations de brouillage ou de piratage ciblées depuis la Terre.
Quelles sont les implications concrètes pour l'Europe ?
Les conséquences d'une telle interception pourraient être désastreuses. Le Major Michael Traut, chef du commandement spatial militaire allemand, avertit que la Russie pourrait potentiellement usurper l'identité des opérateurs au sol.
En envoyant de fausses instructions, elle serait capable de faire dévier un satellite de sa trajectoire ou, dans le pire des scénarios, de provoquer sa perte totale.
Cette menace s'inscrit dans une stratégie russe plus large de guerre hybride, qui inclut déjà le sabotage de câbles sous-marins. Le cas du satellite Intelsat 39, qui dessert l'Europe et l'Afrique et se trouve actuellement à proximité de Luch-2, illustre parfaitement le risque. L'espace devient ainsi un front à part entière, où ce type d'espionnage prépare sans doute les conflits de demain.