Le groupe Stellantis traverse une zone de turbulences marquée par la nécessité de regagner des parts de marché tout en naviguant dans un cadre réglementaire de plus en plus contraignant.
Emanuele Cappellano, directeur des opérations pour l'Europe, dresse un état des lieux sans concession : sans une adaptation immédiate des stratégies continentales, l'avenir du secteur pourrait s'assombrir durablement. Il pointe du doigt une équation économique impossible à résoudre sans aide extérieure.
Un fossé compétitif structurel face à l'Asie
Le constat est toujours le même : il existe aujourd'hui un écart de coût de revient d'environ 30 % entre un modèle fabriqué sur le Vieux Continent et ceux produits par les constructeurs chinois.
Cette différence majeure ne résulte pas uniquement de la main-d'œuvre, mais d'une domination totale sur la chaîne de valeur, notamment les composants électroniques et les batteries, pour laquelle l'Europe accuse un retard considérable et peine à s'organiser.
Si les subventions locales jouent un rôle, c'est bien l'absence d'un écosystème industriel complet qui pénalise les marques historiques face à l'Empire du Milieu.
Même en optimisant les processus technologiques, la compétitivité reste entravée par des coûts énergétiques élevés et des normes sociales strictes, rendant la lutte commerciale quasi impossible sans un appui politique massif de l'Union européenne.
L'illusion de la demande pour les voitures à batterie
L'autre facette du problème réside dans l'appétence réelle du marché, souvent surestimée par les décideurs politiques déconnectés du terrain. Selon le dirigeant, il n'existe pas, à l'heure actuelle, de demande naturelle pour les véhicules électriques.
Les ventes ne décollent véritablement que sous perfusion d'aides d'État ou lorsque les fabricants consentent à rogner leurs marges jusqu'à vendre à perte pour écouler les stocks et éviter les sanctions.
Cette dynamique a des conséquences lourdes sur l'accessibilité financière pour le grand public. L'offre de voitures abordables reste compliquée à mettre en place : les modèles à moins de 15 000 euros ne seront pas dans les catalogues avant plusieurs années.
Les constructeurs se retrouvent coincés dans un dilemme cornélien, obligés de choisir entre payer de lourdes amendes pour non-respect des quotas CO2 ou perdre de l'argent sur chaque unité vendue, une situation intenable à long terme.
Un appel urgent à revoir la copie européenne
Pour éviter un scénario catastrophe, le statu quo réglementaire n'est plus une option viable pour les géants du secteur. Si l'année 2026 semble sécurisée grâce aux lancements produits déjà prévus, l'horizon à cinq ans reste flou et potentiellement sombre.
Le risque n'est pas seulement financier, il menace le tissu industriel même : fournisseurs, ingénierie et savoir-faire pourraient s'étioler rapidement si la réglementation n'évolue pas.
L'Europe doit impérativement harmoniser ses ambitions écologiques avec la réalité économique de ses fleurons industriels pour survivre. Sans un changement de cap rapide pour soutenir la production locale et stimuler une demande organique, le déclin de l'empreinte automobile européenne pourrait devenir inéluctable, laissant le champ libre à la concurrence internationale.