Face à une performance en berne et une stratégie qui a montré ses limites, le groupe franco-italo-américain Stellantis a décidé de prendre le taureau par les cornes. La direction a annoncé une charge exceptionnelle massive de 22,2 milliards d'euros pour le second semestre 2025.

Cette manœuvre comptable, qualifiée de "reset profond mais nécessaire", vise à assainir les comptes et à corriger une trajectoire qui s'éloignait dangereusement des attentes du marché.

La conséquence la plus directe pour les investisseurs est sévère : le groupe a confirmé qu'il ne versera pas de dividende annuel en 2026. Pour préserver la solidité de son bilan, le conseil d'administration a également autorisé l'émission d'obligations hybrides pouvant atteindre 5 milliards d'euros.

La manoeuvre sanctionne une surestimation du rythme de la transition vers les véhicules électriques et des problèmes opérationnels passés, forçant le constructeur à revoir entièrement sa copie pour se reconnecter à la demande réelle.

Un virage stratégique coûteux et assumé

Cette charge colossale n'est pas qu'un simple jeu d'écritures. Elle reflète des décisions opérationnelles fortes visant à réaligner l'offre de produits avec la demande réelle des consommateurs.

Au total, les sorties de trésorerie liées à cette restructuration s'élèveront à environ 6,5 milliards d'euros sur les quatre prochaines années. Le groupe Stellantis cherche ainsi à se donner les moyens de repartir sur des bases plus saines, même si le prix à payer est élevé à court terme.

Dans le détail, près de 15 milliards d'euros de ces charges sont directement liés à la révision des plans produits, notamment aux États-Unis. Cette somme inclut des dépréciations d'actifs et l'annulation pure et simple de projets jugés non rentables dans le contexte actuel, comme le très attendu pick-up RAM 1500 REV.

D'autres montants couvrent le redimensionnement de la chaîne d'approvisionnement et la correction de problèmes de qualité antérieurs, qui avaient pesé sur les coûts de garantie.

Les causes d’une remise en question profonde

Antonio Filosa, le PDG de Stellantis, n'a pas mâché ses mots pour expliquer les raisons de ce recadrage. Il a pointé du doigt "le coût d'avoir surestimé le rythme de la transition énergétique", une vision qui a "éloigné l'entreprise des besoins, des moyens financiers et des désirs réels de nombreux acheteurs".

Cette critique à peine voilée de la stratégie de son prédécesseur, Carlos Tavares, met en lumière le pari risqué d'une électrification à marche forcée. Le groupe a dû admettre que la demande pour les véhicules électriques ne suivait pas le rythme espéré, en particulier sur le marché nord-américain.

En plus de cette erreur d'appréciation stratégique, le PDG a également reconnu l'impact de "problèmes opérationnels antérieurs". La nouvelle équipe de direction s'attelle donc à corriger ces faiblesses pour restaurer la confiance et la rentabilité.

Cette démarche s'est aussi traduite par la cession de sa participation de 49 % dans une coentreprise de batteries au Canada, un signal supplémentaire que le groupe préfère désormais suivre la demande plutôt que de tenter de l'imposer, en réaffirmant son engagement envers les motorisations hybrides et thermiques.

Quelles perspectives pour l’avenir de Stellantis ?

Malgré l'onde de choc provoquée par cette annonce, qui a fait chuter l'action de près de 20 % à la Bourse de Milan, la direction se veut rassurante pour l'avenir. Le groupe a déjà observé des signes encourageants, avec une part de marché en hausse aux États-Unis au second semestre 2025 et le maintien de sa deuxième place en Europe.

L'année 2026 est qualifiée par Antonio Filosa d'"année de l'exécution", avec l'objectif de voir une amélioration progressive des indicateurs clés, dont une croissance du chiffre d'affaires d'environ 5 %.

Le constructeur, qui possède des marques emblématiques comme Peugeot, Jeep, Fiat ou Citroën, présentera son nouveau plan stratégique complet en mai. Cette échéance sera déterminante pour convaincre les marchés de la pertinence de ce nouveau cap.

Cependant, certains analystes estiment que des mesures encore plus drastiques, comme des fermetures d'usines, pourraient être nécessaires pour réajuster complètement la base de coûts du groupe en Europe et en Amérique du Nord. L'avenir dira si ce "reset" aura été suffisant pour remettre durablement Stellantis sur la voie d'une croissance rentable.