Imaginez un territoire immense, couvrant la moitié de la surface du globe, où la loi du plus fort primait. Jusqu'au 17 janvier, c'était la réalité juridique des océans.
Cette date marque l'entrée en vigueur d'un accord qui change la donne pour deux tiers des océans. Ratifié par plus de 80 pays, dont la Chine et l'Union européenne, ce texte est désormais juridiquement contraignant, transformant une zone de prédation potentielle en un espace de responsabilité partagée.
Comment va-t-on protéger concrètement les océans ?
La mesure la plus spectaculaire du traité de la haute mer est la capacité de créer des Aires Marines Protégées (AMP) en plein océan. C'est une avancée majeure pour la conservation. Auparavant, seuls les abords des côtes, situés dans les Zones Économiques Exclusives des États, pouvaient être sanctuarisés. Désormais, des écosystèmes vitaux pourront être mis sous cloche.
Nous l’avons fait.
— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) January 17, 2026
Aujourd’hui entre en vigueur le traité international pour la protection de la haute mer et de la biodiversité marine.
C’est une victoire immense pour les océans, pour le vivant, pour l’humanité.
La haute mer ne sera plus un Far West livré aux prédations :… pic.twitter.com/L32NETbWzE
Des zones critiques sont déjà dans le viseur des scientifiques et des gouvernements. On parle par exemple de la mer des Sargasses, une véritable forêt d'algues flottantes essentielle pour les tortues et les anguilles, ou des dorsales de Nazca et Salas y Gómez, de véritables autoroutes sous-marines pour la faune. L'objectif est clair : opposer un bouclier légal à la surpêche et à l'exploitation minière des fonds marins, qui menacent de provoquer des effondrements écosystémiques irréversibles.
Qui profitera des nouvelles découvertes marines ?
L'accord ne s'arrête pas à la faune visible, il s'attaque à l'infiniment petit. Un des volets les plus futuristes du texte concerne le partage des ressources génétiques marines. Les organismes des abysses, comme certaines éponges ou bactéries extrêmophiles, possèdent des propriétés uniques qui sont déjà utilisées pour développer des médicaments anticancéreux ou des cosmétiques de luxe. Les eaux internationales regorgent de cet "or génétique".
Jusqu'à présent, la règle était celle du "premier arrivé, premier servi". Seules quelques nations riches et de grandes entreprises pharmaceutiques avaient les moyens technologiques de récolter ces ressources et d'en conserver tous les bénéfices. Le traité instaure un mécanisme de justice : la haute mer étant un "patrimoine commun", les bénéfices tirés de ces découvertes devront être partagés de manière équitable, notamment avec les pays en développement.
Quels sont les défis à relever ?
La mise en œuvre d'un tel accord sur des zones aussi vastes est un défi de taille. Pour faire respecter ces nouvelles règles, un fonds spécial alimenté par les États membres et des contributions privées a été prévu. C'est le nerf de la guerre pour financer la surveillance et la gestion de la biodiversité marine. Toute activité, comme la pêche ou le forage, devra faire l'objet d'une évaluation environnementale rigoureuse avant autorisation.
Cependant, une ombre plane sur ce succès diplomatique. Si de grands acteurs sont à bord, plusieurs grandes puissances maritimes manquent encore à l'appel des ratifications. Les États-Unis, le Royaume-Uni ou encore le Canada ont signé le texte mais ne l'ont pas encore transposé dans leur droit national. Leur adhésion pleine et entière sera indispensable pour que la "police des mers" soit réellement efficace. Le Far West est officiellement fermé, mais le shérif a encore besoin de recruter.
Foire Aux Questions (FAQ)
Qu'est-ce que le traité sur la haute mer ?
Il s'agit du premier accord international juridiquement contraignant visant à protéger la biodiversité et à réguler les activités humaines (pêche, exploitation minière, recherche) dans les eaux internationales, c'est-à-dire au-delà des juridictions nationales.
Combien de pays l'ont ratifié ?
Au moment de son entrée en vigueur, le traité a été ratifié par 83 pays. Ce chiffre est amené à évoluer à mesure que d'autres nations finalisent leur processus de ratification interne.
Quel est l'objectif chiffré pour la protection des océans ?
L'entrée en vigueur de ce traité est vue comme un outil décisif pour atteindre l'objectif fixé par la communauté scientifique et soutenu par des ONG comme Greenpeace : protéger 30% des océans du monde d'ici 2030 en les classant comme réserves marines.