Annoncé en grande pompe, le T1, le smartphone doré de Trump Mobile, subit un nouveau report, repoussant sa livraison à 2026. L'entreprise, gérée par les fils de Donald Trump, invoque le récent government shutdown américain pour justifier ce délai.
L'aventure Trump Mobile a été officiellement lancée en juin 2025, se positionnant comme une nouvelle branche de l'empire familial désormais piloté par Donald Jr et Eric Trump.
Le projet s'articule autour de deux offres : un forfait mobile baptisé « The 47 Plan » à 47,45 dollars par mois, en référence au statut de 45e et 47e président de leur père, et un appareil phare, le T1.
Ce smartphone couleur or, proposé à 499 dollars, est accessible en précommande via un acompte de 100 dollars, avec la promesse d'un service client et d'une conception « fièrement américaine ».
Une série de faux départs et une communication floue
L'enthousiasme initial a cependant été rapidement douché par la logistique. Le calendrier de livraison du T1 est devenu un véritable serpent de mer.
Annoncé pour août 2025, le lancement a d'abord été repoussé à octobre, puis à une date indéterminée avant la fin de l'année. Désormais, l'entreprise évoque une « forte possibilité » que les livraisons n'aient pas lieu avant la mi-janvier 2026, sans fournir de date ferme et en retirant discrètement les échéances de son site web.
Pour justifier ce nouveau contretemps, le service client de Trump Mobile met en avant le récent shutdown qui a paralysé une partie de l'administration américaine. Selon leurs dires, ce blocage réglementaire a « mis en pause tout ce qui concerne la FCC », l'autorité de régulation des télécommunications.
Si d'autres entreprises technologiques ont pu rencontrer des retards similaires pour la certification FCC de leurs produits, la situation de Trump Mobile semble s'éterniser, laissant perplexes les clients ayant déjà versé leur acompte.
Le casse-tête du « Made in USA »
Au-delà des problèmes de calendrier, c'est toute la promesse du Made in USA qui semble difficile à tenir. Le projet a été présenté comme une réponse directe aux critiques de Donald Trump envers des géants comme Apple ou Samsung, dont la production est massivement délocalisée en Asie.
L'ambition était de proposer un appareil entièrement assemblé sur le sol américain, un argument marketing puissant auprès de sa base électorale. Cette ambition patriotique se heurte toutefois aux réalités industrielles.
Les experts du secteur ont rapidement émis des doutes sur la faisabilité d'un tel projet à un prix de 499 dollars, rappelant que les chaînes d'approvisionnement mondiales sont complexes et que les États-Unis ne disposent plus de l'infrastructure nécessaire à la fabrication de masse de smartphones.
D'ailleurs, le discours de l'entreprise a subtilement évolué : la mention « fabriqué aux États-Unis » a laissé place à une formule plus vague, évoquant un appareil « conçu avec des valeurs américaines ».
La question de savoir qui pourrait fabriquer le smartphone T1 reste donc entière.
Un écosystème commercial au-delà du smartphone
L'initiative Trump Mobile s'inscrit dans une stratégie de monétisation plus large de la marque politique Trump, qui inclut déjà des montres, des chaussures et même des bibles.
L'entreprise fonctionne sur un modèle de licences qui ont généré plus de 8 millions de dollars en 2024. Sur le plan technique, il s'agit d'un opérateur de réseau mobile virtuel (MVNO), qui s'appuie sur les infrastructures d'opérateurs existants via un partenaire, Liberty Mobile Wireless.
En attendant son propre appareil, la société a commencé à vendre des iPhone et des Samsung reconditionnés sur son site, une manœuvre pour générer des revenus malgré le retard du T1.
Cette diversification soulève néanmoins des questions sur les conflits d'intérêts potentiels, l'entreprise familiale opérant dans un secteur lourdement réglementé par des agences fédérales sous pouvoir exécutif.
Pour l'heure, la principale inconnue demeure le sort réservé aux clients ayant versé un acompte, qui attendent toujours une date de livraison ferme pour un téléphone qui ressemble de plus en plus à un mirage technologique.