Un grand ménage a été initié sur la plus célèbre plateforme de vidéos au monde : plusieurs chaînes spécialisées dans la production de contenu de masse généré par intelligence artificielle, surnommé « AI slop », ont subitement disparu. Cette action d'envergure intervient quelques semaines seulement après que le PDG de YouTube, Neal Mohan, a publiquement affiché sa volonté de combattre ce type de contenu de qualité inférieure qui pollue les flux des utilisateurs. Le message est clair : la quantité ne primera plus sur la qualité, même si elle génère des chiffres d'audience astronomiques.

Pourquoi YouTube a-t-il décidé de sévir maintenant ?

La décision de YouTube de prendre des mesures drastiques s'inscrit dans une stratégie plus globale annoncée par son dirigeant, Neal Mohan. Dans une lettre adressée aux utilisateurs, il avait promis de « réduire la propagation de contenu IA de faible qualité » en s'appuyant sur les systèmes déjà en place pour lutter contre le spam et le contenu putaclic (clickbait). Il devenait urgent d'agir face à la prolifération de ces vidéos souvent répétitives et peu créatives qui, bien que populaires, nuisent à l'expérience globale sur la plateforme. D'ailleurs, selon un rapport publié par Kapwing en novembre dernier, entre 21 % et 33 % des contenus présents sur YouTube seraient constitués de vidéos dites AI slop et brainrot.

Cette initiative n'est pas un acte isolé, mais plutôt l'extension d'une politique de lutte contre le contenu « inauthentique ». L'année dernière déjà, la plateforme avait supprimé deux chaînes qui créaient de fausses bandes-annonces de films entièrement générées par IA. Le nettoyage actuel représente donc une accélération significative de cet effort pour préserver une forme d'authenticité et de valeur ajoutée dans les contenus proposés aux milliards de spectateurs quotidiens.

Quelles sont les chaînes concernées par cette purge ?

Les victimes les plus notables de cette opération sont des poids lourds en termes d'audience. La chaîne CuentosFacianantes (« Histoires Fascinantes »), identifiée par Kapwing comme la plus suivie dans cette catégorie, a été supprimée. Elle comptabilisait plus de 5,9 millions d'abonnés et un total vertigineux de 1,2 milliard de vues grâce à ses vidéos bas de gamme sur le thème de Dragon Ball. Juste derrière, la chaîne Imperio de Jesus (« Empire de Jésus »), avec ses 5,8 millions d'abonnés, a également disparu. Son contenu se concentrait sur des quiz interactifs destinés à « renforcer la foi ».

Au total, le rapport de Kapwing mentionne que 16 autres chaînes identifiées comme productrices d'« AI slop » ont soit été supprimées, soit sont désormais inactives, comme Héroes de Fantasía ou Adhamali-0. Un autre cas intéressant est celui de Super Cat League, dont la page existe toujours mais est vidée de toutes ses vidéos. Sa description promettait pourtant un « cinéma pour chats IA n°1 au monde », mélangeant la mignonnerie féline avec une IA générative avancée pour créer des aventures hyper-réalistes.

Exemples de contenu généré par IA proposé par CuentosFacianantes (TikTok)

Quel est le paradoxe de la stratégie de YouTube sur l'IA ?

L'ironie de cette situation réside dans le double discours de la plateforme. Alors qu'elle déclare la guerre aux contenus de mauvaise qualité, YouTube investit massivement dans le développement et la promotion d'outils de création basés sur l'IA pour ses créateurs. Neal Mohan a lui-même reconnu qu'il était « de plus en plus difficile de distinguer le vrai du faux », notamment avec la montée des deepfakes. La stratégie de l'entreprise est donc double : fournir des outils puissants tout en combattant plus durement leurs dérives.

Dans un futur proche, les créateurs pourront générer des Shorts en utilisant leur propre avatar créé par intelligence artificielle ou même créer des jeux et de la musique à partir de simples instructions textuelles. Cette approche vise à renforcer le rôle des créateurs, que Neal Mohan considère comme le nouvel Hollywood. En affirmant que « l'ère où l'on rejetait ce contenu comme du simple 'UGC' (contenu généré par l'utilisateur) est révolue », il souligne l'immense poids économique du secteur, rappelant que YouTube a versé plus de 100 milliards de dollars à ses créateurs et partenaires ces quatre dernières années.

Source : The Verge