Pour la première fois, un modèle d'IA généraliste a été téléchargé et a opéré avec succès depuis l'espace. Cette opération, menée par la start-up aérospatiale chinoise Adaspace Technology, constitue une prouesse technique et matérialise le premier jalon d'un écosystème informatique hybride, à cheval entre la Terre et l'espace.

Le modèle Qwen-3, développé par la branche cloud d'Alibaba, a ainsi pu exécuter plusieurs tâches depuis un centre de calcul orbital, validant un concept jusqu'ici théorique.

Un projet aux ambitions cosmiques

Ce déploiement historique s'inscrit dans un cadre bien plus vaste : le Star-Compute Project. Porté par Adaspace Technology, ce programme vise à tisser une toile de 2 800 satellites dédiés à l'intelligence artificielle.

Basée à Chengdu et fondée en 2018, cette jeune pousse a déjà 14 missions spatiales à son actif et affiche une valorisation qui dépasse les 6,8 milliards de yuans.

Alibaba Qwen intelligence artificielle

Le projet cherche à construire une infrastructure capable de supporter non seulement l'exécution de modèles IA, mais aussi leur entraînement direct en orbite.

L'initiative est pharaonique et se déploiera sur plus d'une décennie. D'ici 2035, le réseau devrait compter 2 400 satellites conçus pour les unités d'inférence et 400 unités spécialisées dans les capacités d'entraînement.

Cette distinction est cruciale, car elle montre l'ambition de créer un cycle de vie complet pour l'IA en orbite terrestre basse (LEO), affranchissant potentiellement certaines opérations des contraintes des liaisons avec le sol.

Comment fonctionne une IA en orbite ?

Lors de ce test inaugural, l'ensemble du processus, de l'envoi de la requête depuis la Terre à la réception des résultats, a été bouclé en moins de deux minutes. Le modèle Qwen-3 a réalisé avec succès plusieurs tâches d'inférence à bord de la constellation initiale de 12 satellites, lancée en mai 2025.

Il s'agit de la toute première constellation de calcul IA au monde, une infrastructure pionnière qui ouvre la voie à des applications futures dans l'observation de la Terre, les télécommunications ou la gestion de catastrophes.

Alibaba

Les experts soulignent cependant que ce chrono spectaculaire englobe à la fois le temps de calcul en orbite et la latence de la liaison Terre-espace. Cette dernière varie considérablement en fonction de la distance du satellite par rapport aux stations terriennes.

La véritable performance réside donc dans la capacité à orchestrer ce flux de manière fiable, sachant qu'un satellite en orbite basse n'est souvent en contact avec une station donnée que pendant 10 à 20 minutes par passage.

Le véritable enjeu se trouve-t-il au sol ?

Cette avancée met en lumière un paradoxe : pour que l'IA spatiale tienne ses promesses, le véritable goulot d'étranglement pourrait bien se situer sur Terre. La multiplication des constellations intelligentes va générer des volumes de données sans précédent, exigeant des réseaux terrestres plus rapides et mieux coordonnés.

C'est ici qu'émerge un nouveau marché prometteur, celui du Ground Station as a Service (GSaaS), où des acteurs comme Amazon Web Services ou Kongsberg proposent des solutions pour optimiser et mutualiser la gestion des données satellitaires.

Le potentiel d'investissement se déplace donc vers cette couche intermédiaire. Des simulations ont montré que l'utilisation de multiples fournisseurs GSaaS peut augmenter la capacité de téléchargement de données jusqu'à 200 % pour une petite constellation.

Si le marché boursier a réagi avec une prudence mesurée à l'annonce d'Alibaba, c'est que les investisseurs ont les yeux rivés non seulement sur la prouesse orbitale, mais aussi sur la capacité des entreprises à bâtir les infrastructures au sol indispensables pour en récolter les fruits économiques.