Le déploiement de méga-constellations en orbite basse est devenu un enjeu stratégique et commercial majeur. Après le précédent établi par Starlink de SpaceX, c'est au tour du projet d'Amazon, baptisé Leo (anciennement Project Kuiper), de faire l'objet d'un examen minutieux.
Une analyse récente, basée sur près de 2 000 observations, a tiré la sonnette d'alarme : les engins du géant du e-commerce sont tout simplement trop brillants malgré une collaboration engagée par l'entreprise pour limiter leur impact.
Un verdict scientifique sans appel
Publiée sur le serveur de prépublication ArXiv, l'étude menée par Anthony Mallama du Centre pour la Protection du Ciel Sombre et Silencieux de l'Union Astronomique Internationale (UAI) est formelle.
Les satellites Leo d'Amazon excèdent de manière constante les limites de luminosité recommandées par l'UAI, des seuils établis précisément pour protéger la recherche astronomique.
Ces satellites sont particulièrement problématiques pour les grands relevés menés par des observatoires au sol, comme le Vera C. Rubin Observatory, mais peuvent aussi gêner des télescopes en orbite tel que Hubble.
Bien qu'ils soient légèrement moins brillants que la plupart des satellites Starlink et bien plus discrets que les géants BlueBird d'AST SpaceMobile, leur future orbite, prévue à une altitude plus basse de 590 km, ne fera qu'aggraver leur visibilité.
Une industrie face à ses responsabilités
Le cas d'Amazon n'est pas isolé. Il s'inscrit dans un problème systémique touchant la quasi-totalité des projets de constellations en orbite basse, y compris les projets chinois Qianfan et Guowang. Seule la flotte de OneWeb semble pour l'instant épargnée, grâce à une orbite bien plus élevée à 1 200 km d'altitude.
Cependant, le secteur semble prendre conscience des enjeux. À l'instar de SpaceX avant lui, Amazon a engagé un dialogue constructif avec la communauté scientifique pour réduire son impact.
Plusieurs pistes sont explorées, comme l'application de revêtements réfléchissants sur la face inférieure des engins pour renvoyer la lumière solaire vers l'espace ou l'optimisation de leur orientation pour ne pas exposer leurs faces éclairées aux observateurs terrestres.
Collaboration ou confrontation : quel avenir pour le ciel nocturne ?
L'alerte concernant les méga-constellations ne date pas d'hier. Dès 2019, les premiers satellites Starlink avaient provoqué un tollé en laissant des traînées lumineuses sur les clichés astronomiques.
Les efforts actuels d'Amazon montrent que le dialogue initié à l'époque porte ses fruits et que les opérateurs sont désormais plus enclins à intégrer ces contraintes dès la phase de conception.
Pourtant, la question de fond demeure. La constellation d'Amazon doit à terme compter plus de 3 200 satellites, s'ajoutant aux milliers déjà en service. Le ciel est une ressource partagée et la pression pour trouver des solutions durables s'intensifie, alors que l'orbite terrestre basse se congestionne à une vitesse sans précédent.