Universal Music Group, Concord et ABKCO ont lancé une seconde offensive judiciaire contre la startup Anthropic, l'accusant d'avoir bâti son modèle de langage Claude sur une base de données massivement constituée d'œuvres piratées.

Cette nouvelle plainte, bien plus agressive que la précédente, concerne plus de 20 000 compositions musicales et pourrait se chiffrer à plus de 3 milliards de dollars de dommages et intérêts potentiels, marquant une escalade spectaculaire dans ce conflit.

Un passif de piratage révélé au grand jour

Cette action en justice s'appuie en grande partie sur des révélations faites lors d'un autre procès retentissant, l'affaire Bartz contre Anthropic, qui opposait la société à des auteurs de livres.

Au cours de cette procédure, il a été découvert qu'Anthropic aurait eu recours à des bibliothèques pirates notoires, comme LibGen, pour télécharger illégalement des millions d'ouvrages afin d'alimenter ses algorithmes. Le jugement avait alors établi une distinction clé : si l'entraînement d'une IA sur des œuvres protégées peut relever du "fair use", l'acquisition de ces œuvres par des moyens illégaux constitue une claire violation de droits d'auteur.

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Les éditeurs musicaux affirment que parmi ces millions de livres piratés se trouvaient de nombreux recueils de partitions et de paroles de chansons leur appartenant.

La plainte nomme directement le PDG Dario Amodei et le cofondateur Benjamin Mann, les accusant d'avoir personnellement autorisé et utilisé le protocole BitTorrent pour ce téléchargement massif.

Cette méthode a une double conséquence : en téléchargeant les fichiers, Anthropic les aurait simultanément redistribués, aggravant ainsi l'infraction.

Une stratégie de contournement juridique ?

L'existence de cette seconde plainte s'explique par une subtilité procédurale. Initialement, les éditeurs avaient tenté d'ajouter ces accusations de piratage à leur première plainte, déposée en octobre 2023.

Cependant, le tribunal a rejeté cette demande, jugeant qu'elle arrivait trop tardivement et qu'elle aurait « transformé fondamentalement » la nature du dossier initial, qui portait sur environ 500 œuvres. Une décision qui a poussé les plaignants à changer de stratégie.

Musique

Face à ce refus, les maisons de disques ont donc décidé de déposer un procès distinct et beaucoup plus ambitieux, entièrement centré sur l'acquisition et l'utilisation de données piratées pour l'entraînement de l'IA Claude.

Cette nouvelle action couvre un périmètre bien plus large, passant de 500 à plus de 20 000 œuvres, et inclut des titres emblématiques comme Sweet Caroline de Neil Diamond ou Wild Horses des Rolling Stones.

La valorisation d'Anthropic, qui a explosé depuis le début du conflit, est également mise en avant comme preuve des bénéfices tirés de ces pratiques présumées illégales.

Quelles conséquences pour l'avenir de l'IA générative ?

Cette affaire dépasse largement le simple cadre d'un litige financier. Les plaignants accusent Anthropic d'avoir sciemment "construit son empire commercial de plusieurs milliards de dollars sur le piratage".

Ils demandent non seulement des dommages et intérêts pouvant atteindre 150 000 dollars par œuvre contrefaite, mais aussi la destruction, sous supervision judiciaire, de toutes les copies illégales présentes dans les jeux de données de l'entreprise.

Une telle mesure pourrait avoir un impact technique et opérationnel considérable sur les futurs modèles de la société.

Ce cas s'inscrit dans une vague de litiges qui opposent les industries créatives aux géants de la tech. Il soulève une question fondamentale : la fin (développer une IA performante) justifie-t-elle les moyens (utiliser des données obtenues illégalement) ?

La décision de la justice américaine dans cette affaire pourrait établir un précédent majeur et redéfinir les règles du jeu pour l'ensemble du secteur de l'intelligence artificielle, forçant les entreprises à plus de transparence et de légalité dans leurs méthodes d'acquisition de données.