La mer Baltique est le théâtre d'une série d'incidents suspects. En moins d'une semaine, six avaries sur des câbles de communication sous-marins ont été signalées, ravivant les craintes d'une guerre hybride menée par la Russie.
Les autorités lettones et finlandaises enquêtent, tandis que l'OTAN renforce sa surveillance dans cette zone stratégique et hautement sensible.
Une vague d'incidents sans précédent ?
En l'espace de six jours à peine, pas moins de six incidents distincts ont été rapportés, touchant des infrastructures de communication vitales. La Lettonie a ouvert une enquête criminelle pour « dommage intentionnel » après qu'un câble sous-marin optique la reliant à la Lituanie a été endommagé le 2 janvier près du port de Liepāja.
Un navire a été inspecté par la police, mais aucun lien formel n'a pu être établi à ce stade de l'investigation.
Simultanément, la Finlande a pris une mesure spectaculaire en arraisonnant le navire Fitburg, lourdement suspecté d'avoir endommagé deux câbles entre la Finlande et l'Estonie.
Les enquêteurs ont découvert des traces de drague d'ancre sur le fond marin s'étirant sur des dizaines de kilomètres. L'Estonie a également signalé des pannes sur d'autres liaisons la connectant à la Suède, dessinant un tableau particulièrement préoccupant pour la sécurité régionale.
Négligence ou acte de guerre hybride ?
Cette accumulation d'événements ravive immédiatement le spectre d'un sabotage orchestré par la Russie, s'inscrivant dans une stratégie de guerre hybride visant à déstabiliser les alliés européens de l'Ukraine.
Depuis l'invasion à grande échelle, la suspicion est devenue la norme pour ce type d'incident. C'est dans ce contexte que l'OTAN avait d'ailleurs lancé l'opération Baltic Sentry pour protéger ces infrastructures critiques.
Cependant, certains officiels et experts tempèrent cette lecture alarmiste. Ils avancent une combinaison de facteurs plus prosaïques : une augmentation notable du trafic maritime vers la Russie, des navires souvent en mauvais état avec des équipages peu compétents, et des conditions météorologiques difficiles dans les eaux peu profondes de la Baltique.
La thèse de la simple coïncidence ou de la négligence n'est donc pas totalement écartée.
Quelle réponse face à une menace diffuse ?
Face à l'ambiguïté, la posture des nations riveraines se durcit nettement. L'intervention musclée des forces spéciales finlandaises contre le Fitburg, avec un équipage placé sous restriction de voyage, est largement perçue comme un message de dissuasion clair envoyé à Moscou.
Il s'agit de montrer que la surveillance est active et que les conséquences peuvent être immédiates, même sans preuve formelle d'intention malveillante.
Le défi reste cependant entier, notamment sur le plan juridique. La poursuite des responsables s'avère extrêmement complexe, comme l'a illustré l'affaire du navire russe Eagle S, où la justice finlandaise a dû se déclarer incompétente faute de juridiction dans les eaux internationales. La question demeure : comment prouver l'intentionnalité et sanctionner efficacement ces actes qui fragilisent la sécurité de l'Europe ?